Cet incident est survenu au cours d un stage de vol à voile au mois de juillet.
La météo est très favorable et je suis prévu en monoplace dans une patrouille de 3 planeurs menée par un instructeur du centre. Nous sommes prévus pour un circuit de 300 KM et c’est l’occasion pour le deuxième stagiaire de réaliser cette épreuve du brevet E dont je suis déjà titulaire.
Le décollage est prévu en tout début d’après-midi et comme je n’ai pas faim, je ne me rends pas au mess pour le déjeuner et me contente d’une petite collation en salle de repos. Nous décollons à l’heure et je retrouve l’instructeur dans une bonne ascendance à proximité du terrain. Nous attendons le deuxième stagiaire qui a du se reposer après n’avoir pas réussi à monter.
Je me rends alors compte que je me suis mal installé dans le planeur, en position trop assise, ce qui me gêne pour la surveillance du ciel en m’imposant des mouvements de tête contraignants qui se révéleront assez fatigants au cours du vol. De plus, cela gêne le débattement du manche. Cependant, je m’accommode de cette situation et, après avoir été rejoint par le deuxième équipier, nous entamons la première branche qui est bouclée assez facilement.
Après le premier point de virage, nous constatons que la masse d’air s’affaisse un peu et cela augure de quelques difficultés pour la deuxième branche et pour le retour. Néanmoins, nous parvenons au deuxième point de virage, avec une cohésion parfaite de la patrouille et le strict minimum d’échanges radio. Tout va, encore, bien à bord, nous en sommes à environ 4 heures de vol.
C’est à la verticale de ce deuxième point de virage, que je commence à ressentir un malaise que je ne parviens pas à définir sur le moment. Je me sens fébrile, et j’éprouve de plus en plus de difficultés à piloter proprement. Je mets cela sur le compte de l’inconfort de ma position dans le planeur. Je monte moins bien, ne réussis pas à garder mon assiette et transite très mal.
L’autre stagiaire ayant apparemment perdu le visuel, je me retrouve seul avec mon leader. L’écart dans les ascendances augmente et il se retrouve vite 300 mètres au-dessus.
Je commence alors à avoir des fourmillements dans les mains et dans les joues. Mon état de fébrilité s’aggrave et mon rythme cardiaque augmente. Je m’essouffle et je ressens une réelle anxiété. Je ne parviens plus à analyser correctement les paramètres de vol et je fais littéralement n’importe quoi. De plus, je ne réussis plus à lire ni les indications du GPS ni les cartes (j’emporte une 500.000 et une 200.000).
Je me force à maintenir le visuel du leader et essaie de le contacter pour l’informer de ma situation qui s’aggrave de minute en minute. Je suis maintenant certain d’être confronté pour la première fois à une crise d’hypoglycémie et j’enrage de n’avoir même pas pensé à prendre de quoi manger pendant le vol. J’ai décollé depuis bientôt 5 heures.
L’affaire se présente d’autant plus mal que ma batterie a rendu l’âme et que je ne peux pas appeler l’instructeur pour lui expliquer ce qui m’arrive. Je passe de l’anxiété à l’angoisse car je commence à avoir des petites absences comme sur l’autoroute quand après de longues heures de trajet monotone, on se surprend à revenir au volant.
Je prends de longues inspirations et tente de me calmer. Nous sommes encore à 80Km du point d arrivée et je décide alors d’aller me poser sans tarder sur l’aérodrome le plus proche, car je me sens incapable de choisir correctement un champ et d’y atterrir en sécurité. Ayant renoncé à lire la carte, je distingue un pavé vert sur mon GPS, à l’ouest de ma position signifiant que je suis en local d’un aérodrome reconnu. Je me raccroche à cet objectif et me concentre pour le rejoindre. C’est alors que mon instructeur vient se mettre en patrouille à ma gauche et me fait signe de le suivre. Rasséréné par cette présence et ayant recouvré un peu de lucidité, je m’exécute.
A quelques détails près, ce vol aurait pu se dérouler sans problème.
A quelques minutes près, il aurait pu très mal se terminer.
Désormais, je veille à:
-prendre un vrai repas avant le décollage, même si l’appétit n’y est pas.
-emporter systématiquement quelques en-cas (barres de céréales) et les consommer régulièrement durant le vol (toutes les heures).
-prendre le temps de m’installer correctement et le plus confortablement possible dans le planeur, surtout pour des vols longs.
OFF Je tiens à préciser qu’il ne s’agit pas là d’un jeune débutant. Nous voyons bien dans cet incident les plaques de Reason qui sont traversées une à une. Heureusement que le pilote a réussi à analyser son état et à garder la lucidité suffisante pour se poser. Même s’il est contestable qu’il soit reparti en vol, et je lui en ai fait la remarque, si nous considérons que son analyse pour annuler son vol et bonne, nous pouvons alors difficilement lui reprocher son autre analyse de son état s’autorisant à repartir, surtout après un repos, une collation et une observation médicale.
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