Bitterwasser, 11 janvier 2016, nous nous préparons à décoller, comme les jours précédents, avec le N4DM du CVVIT. Nous avons à bord, 4 bouteilles d eau, des sachets d aliments vitaminés, un kit de survie, balises de détresses et balise Spot que je mets en route et en fonction tracking . En cas d atterrissage dans le désert nous avons de quoi faire face !
Décollage vers 13 heures 30, thermiques pas terribles, nous mettons un peu de temps à passer 3000 mètres tout en avançant vers le nord-ouest vers Pokweni en direction des cumulus.
Je monte jusqu à 3300 mètres en spirale à gauche dans une pompe large et régulière, mais pas très forte, 1,7m sec à l intégrateur. Je décide de partir vers le premier cumulus qui doit être à moins de 15 kilomètres.
En sortie de pompe, vers 110, 120 km h, volets progressivement vers zéro le planeur engage à gauche doucement, le fil de laine part vers l intérieur. Malgré mes man uvres, il accélère sa rotation comme lors d une vrille à plat. J ai l impression de ne pas pouvoir mettre le palonnier à droite. Après plusieurs tours où la position du planeur devenait de plus en plus instable en tangage et en roulis, ne réussissant pas à sortir de cette configuration, j ai mis le planeur en vrille dans le sens de sa rotation en ayant au préalable passé les volets pleins négatif . Il est parti très brutalement et nous avons fait plusieurs tours très rapides à la verticale avant de réussir à sortir de vrille, retrouvant de l efficacité au pied. Nous commencions à être très bas, mais surtout la vitesse était passée largement au-dessus de la VNE.
En tirant, je savais que le planeur ne résisterait pas à cette man uvre, mais il fallait éviter le sol. J ai dit à Chantal on va devoir sauter . Effectivement, deux grands craquements puis j ai vu l aile extérieure droite partir et dis on saute . La deuxième aile est partie quasi simultanément. Je précise que je n ai jamais utilisé les aérofreins pendant toute la descente.
Je ne connais pas les raisons qui ont conduit à cette perte de contrôle, j espère que la commission d enquête le déterminera, ce n est pas l objet de mon REX, mais ce qui va suivre.
Ce qui reste du planeur me semble encore en trajectoire ascendante et sans mouvement de roulis. J ouvre la verrière, difficilement, déverrouille mon harnais. J ai beaucoup de mal à sortir du planeur notamment d extraire mes jambes de sous le tableau de bord. En forçant sur mes deux bras et en trouvant un point d appui avec ma jambe droite, je réussis à sortir du planeur en basculant à gauche.
Une fois que je suis sorti, le planeur s est stabilisé horizontalement d après Chantal et elle n a pas eu de difficulté à sortir, main sur la poignée du parachute.
Une fois dehors j ai mis du temps à trouver la poignée du parachute. Dès que je l ai tirée, il s est ouvert, mais comme je ne l avais pas assez ajusté, la boucle centrale m a violemment frappé le visage et le harnais a glissé jusque sous mes jambes. Heureusement que je tenais bien le harnais avec mes mains, mouvement réflexe sans doute. Sous voile, la descente n a pas duré moins de 20 secondes et j ai touché durement le sol avec le bas du dos.
Chantal n a pas eu ces problèmes et s est posée non loin de moi. On s est rapidement retrouvé, heureusement, mais nous avions perdu de vue le planeur et l on ne voyait pas l épave. Il était 14 heures 40, nous étions dans les dunes par 43° à l ombre sans rien, tout notre matériel de survie étant resté avec le planeur. Mais même si nous avions retrouvé l épave, compte tenu de son état, nous n en aurions rien extrait, même pas une goutte d eau.
Bien que notre balise Spot montrait notre position immobile, et que Jean Claude Penaud qui suivait à distance notre vol ait alerté Bitterwasser, nous n avons été secourus que le lendemain matin par une équipe de Pokweni . Elle nous a survolé au lever du jour puis nous a récupéré une heure plus tard. Ayant passé une après-midi et une nuit dans le désert vous imaginez no Nous sommes sains et saufs, mais c est passé très près. J ai commis beaucoup d erreurs qui auraient pu nous être fatales. Je vais essayer de les lister et les analyser.
Chantal n a pas entendu mes messages et a été surprise par l ouverture de la verrière. Compte tenu du bruit aérodynamique à haute vitesse, il faut crier l ordre d éjection.
Au moment d éjecter la verrière, je ne me souvenais pas de la procédure sur le Nimbus 4, j ai sans doute perdu un peu de temps. Il faut se répéter les man uvres de secours avant le décollage.
Je n avais jamais sauté en parachute, Chantal avait fait un saut, cela l a aidée. Faire au moins un saut et s entrainer à sortir du planeur seraient un bon complément à la formation.
Mon parachute n était pas serré, j ai failli passer à travers. Même si c est inconfortable il faut ajuster le parachute avant de s installer.
Je n avais pas accroché ma balise Spot au parachute, l ayant fixée sur la casquette arrière pour avoir un bon tracking , je n ai ainsi pas pu actionner la fonction SOS. Il faut solidariser la balise Spot à son parachute.
Tout était bien rangé dans le planeur, mais nous n avions rien sur nous. Sans parler de l eau, de la PLB et du kit de survie, pas de deuxième paire de lunettes, plus de téléphones (cela n a pas été gênant dans le désert, mais après), plus de papiers, licences et autres. Il faut voler avec une combinaison ou un pantalon avec des poches pour mettre tout ce qui sera indispensable à la survie, en premier lieu la balise de détresse, et pour s organiser ensuite.
Nous avions pensé à presque tout, sauf à sauter en parachute. La préparation d un vol doit inclure cette hypothèse.
De même, comme on ne pense pas à l accident on néglige l aspect assurance. Il faut vérifier que l on est bien assuré surtout lorsque l on part voler loin.
L après-midi et la nuit passées dans les dunes ont été très éprouvantes, néanmoins nous avons toujours gardé confiance dans le fait d être retrouvés. Mais il y a quand même plus simple pour passer une nuit sous les étoiles !
Pour terminer, nous tenons à remercier Jean Claude Penaud qui a donné l alerte et assuré la coordination, Jean Renaud Faliu qui nous a assistés et aidés dans ces moments difficiles avec le support d Eckhard Förtsch et l équipe de Pokweni qui nous a secourus.
Nous remercions aussi les équipes de Flarm, qui ont travaillé la nuit pour analyser les fichiers des autres planeurs et les informations du Flarm-radar de Kiripotib. Cela a permis de corroborer les informations de la balise Spot et ainsi aux secours de nous retrouver dès le lever du soleil. Le déploiement plus dense du réseau OGN (Open Glider Network) sera un facteur de sécurité en permettant une localisation rapide en cas de problème.
Nous remercions enfin Daniel David qui gère les suites de l accident, assurances, enquêtes, etc. et aussi tous ceux qui nous ont apporté leur soutien.
Commentaire de la FFVV :
Les 3 éjections qui ont eu lieu dans les derniers 6 mois ont démontré qu’il fallait prendre l’apprentissage de l’utilisation du parachute de sauvetage au sérieux. L’éventualité de se servir du paracute est faible, mais il faut s’y préparer.
La FFVV va prochainement publier et diffuser aux clubs, un fascicule sur l’utilisation du parachute.
Le développement de la couverture OGN, grace à l’installation d’antennes par les associations, permettrait de retrouver et secourir plus rapidement un planeur ne rentrant pas le soir. Il convient de militer en ce sens. La FFVV soutient activement ces installations.
L’étude des causes de la perte de contrôle est en cours et sera publiée une fois achevée.
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