l s’agit d’un vol d’accoutumance au vol montagne pour un instructeur de plaine avec un instructeur familier de la plate-forme de Saint-Crépin (commandant de bord, 1040 H de vol montagne à partir de ce terrain).
La météo n’est pas classique. Elle est caractérisée par un vent de Nord-Est forciçant avec l’altitude contrariant la mise en place de la brise de vallée qui permet des accrochages aisés au treuil lorsqu’elle est bien établie. Nous attendons deux heures en piste en voyant se reposer les uns après les autres les planeurs partis au treuil qui n’ont pas réussi à accrocher sur la pente de service (1er secteur), ou qui n’ont pas trouvé de thermiques dans le local du terrain. La plupart des machines parties en remorqué, donc larguées plus haut et plus loin sur la pente de Prachaval se sont également reposées durant ces deux premières heures d’attente de la montée en puissance de la brise. Seules 3 ou 4 ont trouvé des thermiques sur la pente de Prachaval qui leur ont permis de tenir puis de monter.
J’observais ces planeurs et remarquais qu’ils spiralaient au dessus d’un champ situé à la base de la pente de prachaval en léger faux plat montant. Je connaissais bien ce champ pour avoir à plusieurs reprises raccroché au dessus lorsqu’il était bien exposé au soleil, ce qui était le cas ce jour là.
Je me disais que si nous sortions assez haut de la treuillée nous pouvions tenter d’aller accrocher sur ce champ situé à 4 Km du terrain, tout en assurant le local, si nous ne perdions pas trop d’altitude dans la transition.
Le terrain est situé à 900 m QNH dans la vallée, la sortie de treuillée à 1300 m nous permettait d’engager la transition avec un cap légèrement sud-est d’environ 30 degrés. En traversant la partie est de la vallée la masse d’air n’a pas donné d’informations particulièrement négatives et la perte d’altitude a été de 50 m. Arrivés à 1250 m QNH et à un peu plus de 100 m sol à l’orée du champ, nous rencontrons une masse d’air montante pendant 3, 4 secondes de l’ordre de 2m s suivie d’un soulévement de l’aile gauche. Je demande alors à l’élève d’enrouler à gauche (vers la partie ascendante du faux plat montant). La mise en spirale à 30° d’inclinaison confirme, le vario reste positif durant le premier tiers. Puis brutalement la masse d’air s’effondre, nous engageons une sortie de spirale en direction du terrain ce qui nous place sur la trajectoire d’une ligne d’arbres perpendiculaire à moins de 100 métres devant le planeur. Je juge à l’oeil que nous sommes assez haut pour la passer plutôt que de tenter une man uvre d’évitement à forte inclinaison près du sol. De plus nous avons de l’énergie (environ 120 km h au badin) que nous accompagnons d’une légère prise de vitesse pour assurer une ressource en sécurité. Durant cette dernière, nous accrochons la cime d’un pin avec l’aile gauche. La collision n’entraine aucune variation de trajectoire du planeur. Je reprends les commandes, teste les réactions sur les 3 axes puis assure le retour au terrain qui s’opère sans encombre par une PTL de précaution. L’aile gauche présente deux impacts: à 1,5 m de l’emplanture et 1 m du saumon qui nécessitent une réparation (enfoncement du caisson de bord d’attaque). Selon le chef pilote, sous l’effet de la composante Est du vent, la masse d’air près du relief était particulierement piègeuse.
La première erreur, aprés deux heures d’impatience a été de vouloir accrocher en limite de local, , il n’y avait pas de marge de sécurité suffisante sous la quille sur un terrain en dévers. La deuxième, dans cette situation précise, même si ce n’était pas proche de la pente principale de Prachaval (environ 5 à 600 m) a été de privilégier le choix de l’ascendance à celui de la sécurité qui aurait voulu prendre à droite, (coté descendant du champ), pour justement se donner de la marge. C’est pourtant ce que j’enseigne à mes élèves et ce sur quoi je suis très vigilant habituellement. La troisième, compte-tenu de la situation météo particulière est de ne pas avoir pris le temps d’analyser le comportement de la masse d’air en proximité du terrain sur la pente de service. Tout ceci procède d’un excès de confiance en soi qui doit être continuellement réinterrogé dans la pratique du vol à voile et particulièrement en montagne. On retrouve ici l’enchaînement ou la concomitence d’événements qui génère les situations potentielles d’incident ou d’accident. Et cela va très vite quand c’est mal engagé Nous avons eu de la chance. Je suis d’autant plus interpellé que j’ai plutôt conscience des risques du vol en montagne, de ne pas faire preuve de témérité et au contraire habituellement de voler prudemment !
© 2026 Fédération Française de Vol en Planeur. Centre de confidentialitéMentions légales