Au cours d’une belle journée dont la météo s’annonce plutôt prometteuse, après avoir déjeuné et emmené tranquillement les planeurs en piste, j’effectue ma visite pré-vol pendant que le remorqueur fait décoller le premier des 2 planeurs alignés devant moi. Lors de cette pré-vol, je constate que sur ce Pégase, les AF peuvent rester bloqués en position totalement sortie sans maintenir la poignée de commande. Je m’installe à bord et commence ma CRIS, interrompue par quelques courts échanges avec l’aide de piste, un élève en début de formation. Le remorqueur remonte la piste et au moment de fermer la verrière, je constate la présence de mouches dans le cockpit. Je termine ma CRIS pendant que le remorqueur s’aligne devant moi, frein bloqué, aile au sol et AF sortis. Le câble est maintenant tendu, je lâche la poignée de commande des AF pour chasser une mouche par la fenêtre de la verrière avant de fermer celle-ci et de faire signe à l’aide de piste. Celui-ci met les ailes à l’horizontale, le remorqueur s’annonce au décollage et commence à avancer.
Après le temps de roulage, une légère pression sur le manche ne suffit pas à faire décoller le planeur. C’est la première fois de la saison que je vole sur ce Pégase. Il doit être centré un peu plus avant que les autres, je règle donc mon compensateur en arrière et le Pégase décolle sans effort mais avec une sensation de lourdeur. La tenue de l’assiette ne me pose pas de problème. Le remorqueur continue de rouler… Mais pourquoi ne décolle-t-il toujours pas?
Les 2 3 de la piste sont maintenant largement avalés, il va être temps qu’il se décide à décoller… à moins que… coup d’oeil sur le côté: mes AFsont complètement sortis ! Je les rentre et les verrouille immédiatement et le remorqueur décolle dans la foulée. Nous passons le seuil de piste au-dessous de l’altitude de sécurité.
Je reste concentré sur mon pilotage et la suite du remorquage se passe sans difficulté. Peu après le largage, je commence à réaliser ce qui aurait pu se passer et la qualité de mon pilotage s’en trouve légèrement affectée pendant quelques minutes. Peu après, je décide de poursuivre mon vol mais de rester en local du terrain pour la journée. Cet incident a eu lieu sur quelques jours de repos pris après une période de travail intense et épuisante. J’étais en fin de traitement d’un mauvais rhume mais tout semblait rentrer dans l’ordre et j’espérais bien profiter d’une bonne journée de vol à voile. En fait, mon état de fatigue était probablement incompatible avec un état de vigilance et de réactivité suffisantes pour voler dans de bonnes conditions de sécurité. La simple distraction provoquée par quelques mots échangés avec l’aide de piste pendant la CRIS et la présence de mouches dans le cockpit ont suffit à me faire dévier de la procédure habituelle et à oublier une étape essentielle de la CRIS. D’habitude, je ne lâche jamais la poignée de commande des AF tant que ceux-ci ne sont pas rentrés et verrouillés. Cette fois, ayant lâché la poignée de commande des AF pour chasser les mouches et fermer la fenêtre de la verrière (l’autre main étant occupée à maintenir le manche et le frein serré), j’étais persuadé d’avoir fermé et verrouillé les AF avant le début du roulage. Ce sont les élèves et pilotes présents au seuil de piste qui m’ont confirmé après l’atterrissage que ceux-ci étaient restés en position ouverte et qu’il ne s’agissait pas d’une ouverture intempestive au roulage.
Ayant décollé sans grande difficulté avec le compensateur réglé 100% arrière et ne m’étant pas aperçu du manque de vitesse, en particulier à cause des sensations et du bruit plus important liés aux AF sortis, mon regard est resté focalisé sur le remorqueur qui ne décollait pas et il m’a fallu (trop) longtemps pour comprendre ce qui se passait. Le pilote du remorqueur ne s’est pas aperçu que mes AF étaient sortis notamment à cause d’une visibilité limitée en rétrovision. Aucun message radio n’a été émis du starter treuil pour me signaler la sortie de mes AF.
Lors de la phase de remorquage, j’ai préféré ne pas communiquer par radio avec le pilote du remorqueur pour rester concentré sur le pilotage. Je dois m’estimer chanceux que ce pilote ait gardé son sang-froid et ne m’ai pas largué en bout de piste…
Ne pas voler fatigué ou malade même si on s’en croit capable.
Recommencer la CRIS si on a été interrompu et ne pas se laisser déconcentrer ou précipiter cette phase cruciale de la préparation du décollage; larguer le câble si besoin pour interrompre la procédure de décollage.
Respecter les procédures, toujours dans le même ordre et de la même manière.
Ne faire signe à l’aide de piste de relever l’aile qu’une fois s’être assuré tous les éléments de sécurité de la CRIS sont OK, et notamment que les AF sont bien rentrés et verrouillés.
Ne jamais lever l’aile d’un planeur au décollage sans s’être assuré que les AF sont verrouillés (importance de la formation des élèves dès le début de leur enseignement sur les différentes situations qui peuvent se présenter à eux en piste).
Les AF n’ont que 2 positions: ouverts avec la main sur la poignée de commande ou fermés et verrouillés…
Toutes les plaques de Reason étaient alignées. Cela aurait pu très mal finir.
Bonne analyse avec un cocktail premier vol sur le planeur + état de fatigue + interruption de tâche (CRIS)…
Les enseignements ont été tirés sauf un : le pilote remorqueur aurait pu larguer plus tôt.
La persistance à vouloir poursuivre le décollage est une erreur des deux côtés. La question est de prendre la décision suffisamment tôt.
De l’intérêt aussi, d’avoir une personne expérimentée en piste pour une surveillance de l’activité.
Le filet de sauvegarde de l’assistant en bout d’aile n’a pas fonctionné. Dommage’
Si les AF ne sont pas rentrés, on ne lève pas l’aile en indiquant au pilote les AF sortis. L’assistant valide également le verrouillage des AF au bruit.
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