Je suis jeune breveté (2018) et lâché sur Pégase il y a quelques mois.
Ce jour-là, les conditions étaient superbes, avec de bon cumulus balisant les pompes autour du terrain.
Seul bémol : un petit vent de nord (le terrain est orienté est-ouest) assez raisonnable en apparence, au sol toutefois. Comme on le verra, il était nettement plus soutenu en altitude.
J’avais effectué une première treuillée sans accrocher, et j’attendais donc les câbles pour la seconde, en faisant mon CRIS.
Un instructeur du club part devant moi sur un biplace.
J’observe ce qui se passe et je le vois accrocher sous un relativement gros cumulus à la verticale du terrain (à peu près). Pas d’autre cumulus accessible au voisinage du terrain dans l’immédiat.
Point important pour la suite je pense : je suis dans un état d’esprit un peu frustré, n’arrivant pas à accrocher alors que les conditions sont superbes et que tout le monde vole entre 1000 et 1700 m.
Le temps que les câbles soient là, le cumulus trace un peu son chemin vers le sud. Le vent au sol était plein nord, plutôt maniable (autour de 10 noeuds). C’est la 27 qui était en service.
Au moment de décoller, je n’ai que ce cumulus en tête. Il n’est pas loin (a priori mais c’est une erreur). Je vois toujours le biplace m’ayant précédé continuer à spiraler dessous en compagnie d un autre planeur.
J’effectue ma treuillée sans problème et sort aux alentours de 360 m QNH.
Clignotant à gauche et je fonce vers le cumulus, en regardant mon altimètre. Je garde toujours à l’esprit la limite que je m’impose de me mettre en vent arrière dès que je passe en dessous de 300 m QNH.
C’est un peu loin. C’est trop loin.
Je suis énervé mais je me résigne. 280 m QNH, demi-tour.
C’est à l’issue de mon virage que je me rends compte avec horreur que je suis très en dessous du plan d approche normal du terrain !
Étant plein sud de la piste, je décide d’oublier la vent arrière et l’étape de base pour converger le plus vite possible vers le terrain.
Manche au tableau. Je suis le MacCready tant bien que mal, en ne descendant jamais en dessous de 110 km h et en surveillant l’évolution du plan.
A priori ça passe, très (trop) juste mais ça passe.
A mi-chemin je me pose la question de faire une base en seuil de piste, puis je me résigne. Priorité à la distance la plus courte, vers la piste. Je crois que je me suis annoncé, mais je ne m’en souviens plus.
La chance à voulu que je réussisse à conserver mon plan d’approche jusqu au bout
Je fais mon dernier virage super bas au-dessus de la piste (j’estime autour de 30 m sol rétrospectivement, car je regardais surtout ma vitesse et mon visuel sur la piste à ce moment) à 110 km h et je me pose sans problème. A noter que j’avais bien en tête de ne pas faire un virage à plat malgré très la faible altitude afin d’éviter un dérapage fatal.
Je sors du cockpit conscient d’être passé tout près d’un énorme pépin, mais sans comprendre tout de suite comment j’ai pu me faire piéger si vite. Ma plus grosse erreur selon moi, c’est d’avoir oublié le fait que le vent est bien plus fort en altitude. Même à 300 m. Du coup il était clair qu’en partant sous le vent en courant après un cumulus, je risquais de quitter le cône de finesse 10 très rapidement. Et c’est exactement ce qui s’est passé. La limite de 300 m QNH pour se mettre en vent arrière n’est donc pas suffisante pour assurer sa sécurité.
L’autre erreur (que je n’avais pas mesuré jusqu ici mais maintenant c’est super clair), c’est qu en tournant le dos au terrain durant une durée significative, on perd le visuel du plan par rapport au terrain. On se prive ainsi d’une information capitale pour décider de revenir dans de bonnes conditions de sécurité.
3ème erreur : s’être fixé un objectif (le cumulus) sans prendre en compte l’éventualité que ça pourrait ne pas marcher (ça ne m’arrive pas souvent, mais là…). Le cerveau est alors canalisé et on oublie les plans B.
4ème erreur : mon état d esprit. Ça ne sert à rien de vouloir monter à tout prix. Ça ne fera pas monter le planeur plus vite pour autant.
Bien sûr, je suis convaincu qut’un truc pareil nt’arrive que parce tous les éléments étaient limites (le nuage, le timing, le vent, l’éétat d’esprit). Tout s’est joué à quelques minutes. Je suis quasi certain que si le biplace n’avait pas accroché juste devant moi dans ce cumulus, ou bien que j’avais rencontré une pompe en chemin, l’histoire aurait été différente.
Sauf que c’est arrivé.
Pour ma part, j’ai surtout eu peur lors de mon demi-tour. Ma confiance gagnant au fur et à mesure que j’approchais du terrain en conservant le plan, je pense que j’étais plus calme au moment de me poser.
Après débriefing avec les instructeurs, il ressort les points suivants :
* Se fixer des objectifs : oui, mais en gardant à l’esprit qu’ils ne seront forcément pas atteignables, les conditions d’atteinte de l’objectif pouvant avoir changé.
* Garder un visuel sur le plan du terrain lorsqu’on part terrain dans le dos, en effectuant régulièrement quelques virages permettant de récupérer le visuel durant une courte durée.
* Se ménager des plans de secours en ayant quelques options de vaches dans les champs environnants.
* De manière générale, ne pas partir sous le vent du terrain quand le vent est soutenu, tant que l’on a pas atteint une altitude permettant de voir venir.
J’en ajoute un à destination des pilotes à faible expérience comme moi : sortir du local finesse 10, voire même finesse 20, quand on part sous le vent est très très rapide. Ça va vraiment hyper vite, d’autant que la sortie de treuil n’autorise pas une altitude fantastique.
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