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Fatique en vol en compétition

Titre :
Fatique en vol en compétition
Localisation :
Campagne
Date :
17/07/2024
Nature du vol :
Compétition circuit
Je suis :
Pilote
Nombre de machines :
1
Météo :
Chaleur
Dégats :
Non
Phase de vol :
Croisière
Catégorie :
1
Type d'aérodrome :
ATC :
Radio :
Type de machine :
Planeur pur
Modèle de machine :
ASW20 16,6m
Transpondeur :
Aucun
GPS :
Oui
Nombre d'occupants :
1
Statut :
Pilote
Âge :
18 à 50 ans
Expérience récente :
Plus de 20 heures
Expérience totale :
Plus de 500 heures

Nous sommes le mercredi 17 juillet, en plein milieu de la semaine du championnat régional local.
C’est mon premier jour de vol de la compétition, car malheureusement j’ai raté le début.
En effet, la semaine précédente a été particulièrement chargée professionnellement, dont un gros déplacement avec une activité physique soutenue et des responsabilités fortes sous pression. Mais bon, ça se passe bien et puis j’ai l’habitude, l’année écoulée était déjà bien dense… En rentrant de ce déplacement, je m’arrête chez ma maman qui ne va pas fort depuis quelques temps (j’avais déjà fait plusieurs aller-retour pour la voir le mois précédent) et je décide de rester un peu pour lui tenir compagnie à son retour de l’hôpital et organiser toutes sortes de choses pas très marrantes, du genre procurations, aides à domicile, bref ceux qui sont dans mon cas comprendront… Et puis il y a le jardin, le portail à réparer, etc… Tant pis pour le début du championnat, de toutes façons la météo est maussade et il n’y a eu que peu de petits vols avec des petits points, rien n’est perdu et de toutes façons je ne joue plus la gagne.
Mais finalement, j’avais tellement envie de jouer, avec mon nouveau planeur perso, que je décide de finir la semaine.
La veille je rentre assez tard chez moi (4h de route), et le matin j’arrive un peu après 9h au terrain (après 1h de route) pour préparer et monter ma machine, et assister au briefing. Je connais peu de concurrents, et je n’ose pas trop leur demander d’aide, quant aux copains du club je n’ose pas trop les solliciter non plus : je leur ai déjà fait faux bon pour l’organisation avant le championnat, et puis ils sont peu nombreux et sont déjà bien occupés à tout organiser. Du coup je monte le planeur quasiment tout seul (je sais c’est idiot…). Je fait particulièrement attention à tous les aspects techniques (branchements etc.) car je sais que je suis “un peu fatigué”.
Après le repas pris au galop, j’emmène le planeur sur la grille de départ. Il fait très chaud, thermique pur. Et évidemment : dernier arrivé, premier décollé.
Premier indice, au moment de m’installer : m… j’ai oublié mon parachute au hangar. Je me dépêche d’aller le chercher, et on décolle quelques minutes après, le temps que la météo s’installe un peu car c’est thermique pur ou presque.
Le début du vol se passe plutôt bien, je suis content d’être là et j’essaie de me détendre. Mais j’ai un peu de mal à accrocher et les conditions sont moyennes, un peu moins de 1000m, quelques Cu, environ 1m/s moyen… Les 300 km prévus sont faisables mais ça n’ira pas tout seul ! Ce sera une belle épreuve. Je passe la ligne de départ très tôt et je fais la première branche tout seul devant, ça marche pas trop mal, et je suis rejoint par le Duo, le Janus C et le Nimbus 4D au 1er point de virage. Je sais qu’ils sont partis peu après moi donc y’a pas de honte du tout. Pendant la deuxième branche j’arrive à bien les tenir mais on ne vole pas vraiment en paquet, on se surveille de plus ou moins loin. Les conditions sont meilleures, avec des cumulus. Les planeurs avec moi sont des locaux : ils passent la Loire en diagonale, tournent le point de virage et repassent la Loire en sens inverse en rigolant, mais moi je fais moins le malin : je ne connais pas bien ce coin là et ça n’a pas l’air trop vachable (vignobles du Layon), et puis toute cette eau en bas ça ne peut pas être terrible, je prends une option plein sud vers un autre cumulus qu’eux, je descends à 500m mais ça paie, je remonte bien, je fais un bon plafond (1250m, le meilleur de la journée jusque là) et je souffle un bon coup après ce (petit) coup de pression. A mon avis : je dois être devant eux, en tout cas ils ne m’ont sûrement pas largué !
Et c’est là que je commence à déconner.
Devant, il faut rentrer mais ça tourne plus ou moins au thermique pur, ce n’est pas très engageant. Je me sens un peu fatigué, je me demande si c’est malin de tourner le dernier point ou si assurer le tout droit ne serait pas plus logique. Mais après tout je pense être en tête ou presque, et puis les conditions sont probablement meilleures en suivant le circuit prévu de toutes façons. Alors je m’accroche, je pense à m’hydrater, “une Pom’Pote et ça repart”. J’avance, les thermiques sont pénibles à centrer, le plafond est monté un petit peu mais 1200m ce n’est pas non plus le Texas… 3ème branche sans prise de risque mais en prenant un peu trop tout ce qui vient, ce qui accumule la fatigue en spiralant dans des ascendances faibles. Je suis tout seul, il fait chaud, il y a peu d’ombre sous des cumulus maigrichons, le soleil m’éblouit… Et puis surtout je gamberge, je pense à ma maman… Bon allez, bois un coup, une autre Pom’Pote, et on vire le dernier point. Je prends l’axe de retour sur la dernière branche, je remonte bien une première fois (1300m) et j’avance. Mais je fatigue et je fais des erreurs. Je rate une pompe, et je décide de changer d’axe pour aller chercher une carrière connue qui marche bien d’habitude pour, j’espère, me mettre sur le plan d’arrivée. Mais j’ai du mal à calculer combien de hauteur il me faudrait… Je trouve avec difficulté l’ascendance recherchée et ça monte mal, je suis mal centré, et puis je ne sais plus trop comment j’ai réglé mon LX et mon Oudie, avec ce foutu cercle d’arrivée à 300m. Ça dit que ça rentre ou ça dit que ça rentre pas ? Et à quelle altitude est ce que je vais passer le cercle ? Je ne suis plus lucide, j’ai chaud, j’en ai marre de ce temps de m… Le Janus m’a collé 20 bornes, je ne sais plus où est le Duo, et le Nimbus et ses 60 points de finesse ont dû se mettre en arrivée depuis bien longtemps. Et puis ça monte tellement lentement que je pense à autre chose : ma maman… et j’ai oublié de donner à manger aux chats… Je prends le cap sur l’arrivée. Ça chute, et ça n’avance pas… évidemment : j’ai laissé les volets en positif, quel con… allez ressaisis toi. Je ne suis plus sur le plan, enfin il me semble… J’essaie de reprendre un petit truc pour assurer, mais ça monte encore mal… évidemment : cette fois ci je spirale avec les volets en négatif ! J’avance de nouveau, j’essaie de reprendre un petit truc… que je rate encore, et j’ai encore oublié les volets, et cette fois j’ai même un peu décroché…
Là ça ne va plus, je le vois bien, je suis fatigué, pas lucide, j’ai les yeux qui me brûlent. Je suis à 500 ou 600 vers le km 15 , je ne pense pas être sur le plan et je n’arrive plus à rien calculer de tête, et puis une arrivée ric-rac sur cet axe je n’aime pas ça, il y a la ville à passer… Je ne me sens pas de tenter le coup dans mon état, et ça ne sert à rien de toutes façons c’est sûr ils m’ont tous “déposé”. Allez, il y a le terrain ULM à ma portée juste à droite, je le rejoins en essayant de raccrocher de temps en temps mais sans conviction. Les ascendances en basse couche sont faibles et difficiles, ça aurait été la vache assurée si j’avais continué. Allez, concentre toi un bon coup pour l’atterrissage et voilà tout.
Je me pose sans encombre sur le terrain ULM à 22km du terrain et j’appelle pour un dépannage air. Au moins je me serai épargné un dévachage.
En attendant le remorqueur je réfléchis à ce qui vient de se passer : c’est évident : je n’étais pas “un peu fatigué” en arrivant, j’étais juste “complètement cramé” ! Je ne tenais que sur la pression des jours précédents et sur l’envie de voler dans ce championnat. Je suis déçu mais je me dis que j’ai bien fait, je me mettais en danger.
Le retour en remorqué se passe sans encombre. Pour la petite histoire : hormis le Nimbus et le Janus qui a gagné le championnat, j’étais plutôt devant. En dessous de nous, le Duo se vache à quelques km après avoir bien galéré…

J’ai décidé de déclarer forfait pour la suite et je suis rentré chez moi.
Les chats avaient faim.

A ce moment là, j’étais correspondant sécurité depuis quelques semaines dans mon club. Je m’étais dit que ça méritait bien un Rex pour donner l’exemple et puis j’oublie…
En préparant l’AG du club je viens de tomber sur la Note Permanente fédérale NP-13.12 “problèmes de fatigue”, et le nombre de cases que je cochais est édifiant !
Du coup, ce REX, je le mettrai au club et il sera probablement au programme de la prochaine réunion de sécurité.
Bref :
SI VOUS ÊTES FATIGUÉS, NE VOLEZ PAS.

Ce REX très complet met en lumière qu’il est difficile de renoncer.

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