J’effectue en qualité de pilote un vol de découverte pour un élève BIA. Le vent est fort (Est au sol, Sud-Est à 500m, 30 à 35 km/h) et tend à m’éloigner vers le Nord du terrain. Je spirale entre les communes d’Ecuelles et Moret, au Nord-Est du terrain. Les thermiques sont hachés par le vent et difficiles à exploiter. Après un plafond à 750m, je perds de l’altitude sans arriver à raccrocher et arrivé à 500m je décide de rentrer au terrain.
– 1ère erreur: à cause du vent (sous-estimé) je me retrouve à environ 3,5 km au Nord-Est de la ZPA. Je mets le cap sur le début de la vent arrière qui se trouve à 800m au Sud du terrain, soit à 4,5 km de ma position.
– 2e erreur: J’entends un planeur qui fait une annonce radio (réception faible) et je comprends mal son message: je crois comprendre qu’il est en ZPA.
– 3e erreur: La trajectoire retour est effectuée à 120 km/h et avec un K21 (taux de chute sous-estimé) m’affiche un vario constamment compris entre moins 2 et moins 3m/s. Ma perte d’altitude est énorme et j’arrive dans l’axe des pistes à 330m seulement. L’entraînement insuffisant en début de saison, sur des planeurs mono-place fins, a contribué à cette sous-estimation des performances de ce planeur bi-place.
J’ai un vario zéro arrivé au seuil de piste opposé et je retarde le plus possible mon entrée en vent arrière en zérotant pendant deux tours (sans volonté de raccrocher). Je n’entends aucune nouvelle annonce radio et je suis persuadé que le planeur qui s’est annoncé est devant moi. Je balaye le secteur visuellement et ne détecte aucun aéronef (il est 14h30 et le planeur est entre moi et le soleil). Le FLARM ne donne aucune indication ni alerte. Je m’engage donc en vent arrière à environ 310 m AMSL (235 m AGL). J’entends pendant la vent arrière un aéronef qui annonce qu’il fait un 360 degrés, j’en déduis qu’il s’agit d’un avion que je cherche au Nord, côté avion, sans le trouver: ce message provenait du LS4 qui se trouvait en fait au-dessus de moi sur ma gauche. Je n’ai pas imaginé une seule seconde qu’un 360 de retardement puisse provenir d’un planeur en vent arrière. Etant assis en place arrière dans le K21, le LS4 était dans mon angle mort arrière et je n’ai pas pu le voir. Il n’y a eu aucune alerte FLARM car les trajectoires n’étaient pas convergentes. Le pilote du LS4 est un pilote récemment breveté (en 2024). Sa décision de faire un 360 reste incompréhensible pour moi.
Je fais une PTL et me pose sans problème, et le LS4 après son 360 (qui lui a fait perdre une hauteur importante) se pose après moi sans AF et en finesse, à la limite de ne pouvoir avoir le terrain et sans possibilité de vache alternative. Il a heureusement pu se poser, mais nous sommes passés très près d’un accident s’il n’avait pas pu atteindre la piste.
Enseignement
(1) Je me suis fait avoir comme un débutant par une situation aérologique très défavorable sur un planeur aux performances faibles.
Je me suis retrouvé donc à arriver 50m en dessous de l’altitude prescrite pour l’entrée en vent arrière. La cause majeure est l’insuffisance de l’entraînement solo en début de saison. Il s’agissait seulement de mon 4e vol sur planeur depuis la reprise de l’activité (malgré une bonne expérience au cours des 3 derniers mois sur avion et ULM) et reprise faite sur planeur monoplace très fin.
(2) L’incompréhension du message radio du LS4 (mon passager me parlait à ce moment) et la position du soleil en face de moi ont contribué à ne pas voir le conflit en vent arrière. J’aurais dû demander à répéter le message pour clarifier les positions respectives.
(3) Ma décision de poursuivre vers la vent arrière Sud en pensant être seul à cet endroit était également une erreur: arrivé à 350m verticale de la vallée du Loing au Nord du terrain, vu le vario très négatif, il n’était plus possible de rejoindre la vent arrière au Sud à une hauteur suffisante. La menace n’a pas été clairement identifiée. J’aurais dû prendre la vent arrière au Nord du terrain ce qui aurait permis de garder les marges de sécurité en hauteur.
Les conclusions personnelles sont simples: plus d’entraînement sur les machines biplaces avant des vols de découverte, prise de décision plus tôt et plan B si ça se dégrade.
Commentaire FFVP
On peut rajouter au récit très complet du pilote que l’intégration sur un terrain nécessite de gérer au mieux la charge de travail inhérente à cette phase de vol.