Point de vue pilote du planeur:
Le pilote remorqueur, qui est également notre mécano, et moi-même, instructeur, avons convenu de nous retrouver pour convoyer un ASK13 prêté par un club voisin en fin d’après-midi. Il est en train d’intervenir sur le moteur du remorqueur à mon arrivée, et accepte de partir plus tôt dans l’après midi à ma demande, le planeur devant être récupéré par un autre club de la région à notre arrivée.
Je mets en piste pendant qu’il réalise divers essais moteur, et nous retrouvons au seuil pour briefer notre convoyage.
Briefing terminé nous nous alignons et décollons sur la piste en herbe. La piste en dur est parallèle et adjacente, à notre droite. Je suis seul à bord pour ce convoyage, le vent est de face pour 15-20km/h, l’accélération est rapide et la montée franche.
Passant le seuil opposé (piste en herbe de 900m), j’entends un message à la radio que je comprends mal: l’ASK13 est plus bruyant que nos biplaces habituels, et je n’en ai pas tenu compte pour le réglage du volume radio. Je m’interdit en général de toucher à la radio ou tout autre chose sous 150m au remorquage, mais décide quand même de monter le volume, préoccupé par cette transmission, inhabituelle dans cette phase de vol. Au moment où je demande au remorqueur de répéter, ce dernier fait une embardée à droite, qui m’inquiète, puis à gauche, et je comprend qu’il bat des ailes au moment où je comprends enfin le mot “largue” à la radio.
Je largue immédiatement, et incline instinctivement à droite vers les seuls dégagements encore possibles à ce QFU, conformément au briefing sécurité répété quelques instants auparavant. Je vois le remorqueur partir à gauche.
L’ASK 13 tourne bien, et pendant le virage, j’estime que j’ai la hauteur suffisante pour un contre-QFU. Je m’annonce en contre-QFU pour la piste en herbe, et commence un rattrapage de plan, me trouvant haut et rapide.
A ce moment là, le flarm se met à hurler, et j’aperçois le remorqueur à ma droite lui aussi en contre-QFU pour la piste en herbe. J’annonce prendre la piste en dur pour lui laisser la place. Ayant déjà dépassé l’axe de la dure, je me ré-aligne à basse hauteur sur la piste, craignant un instant de poser sur les balises lumineuses.
Le toucher se fait à mi-piste, en douceur mais très rapide à cause du vent arrière. Je suis surpris par la difficulté de maintient de l’axe en fin de roulage, dû au vent arrière et à l’accroche sur l’asphalte. Je m’arrête à 400m de la fin de la piste en dur (1300m de long).
Je constaterai avec les données Flarm que le largage à eu lieu à 80m de hauteur, 350m après la fin de la piste. Le temps de vol (de la mise des gaz à l’arrêt) a été de moins de 90 secondes.
Le soucis rapidement réglé sur le remorqueur, nous renoncerons finalement au convoyage après cette expérience, le plafond ne nous permettant pas de rester en local d’aérodromes.
Point de vue pilote du remorqueur / mécanicien:
Le convoyage de l’ASK13 est prévu dans l’après-midi de ce Samedi 14/06 .
Je terminais l’entretien 100h du moteur du motoplaneur-remorqueur qui comprenait la vidange de l’huile .
Sur cet appareil , lors du démontage du filtre à huile , de l’huile peut couler sur le radiateur et se loger dans les alvéoles .
En fin d’entretien , j’ai utilisé du nettoyant en bombe pour enlever les dépôt de saleté et d’huile présent sur le moteur et dans le radiateur .
Après avoir tout remonté , je refais le plein d’huile , je contrôle les différents points sur lesquels je suis intervenu .
Je fais l’essai moteur sans les capots et je vérifie le niveau d’huile . RAS .
Je dis au pilote planeur qu’il peut mettre le planeur en piste et que je le rejoindrai après avoir remonté les capots et avoir signé les travaux sur le carnet .
Une fois tout en place , je fais tourner le moteur et tout est correct .
Je rejoins le starter en piste 30 , là ou m’attendent le pilote et le planeur .
J’effectue le test des circuits d’allumage , puis test de la régulation d’hélice à 2000 tr .
L’essai radio est fait , les consignes avaient été passées donc on peut partir .
Je m’aligne , le planeur est accroché , et on décolle .
Les paramètres sont bons , l’accélération normale , l’attelage décolle et commence à monter .
Au cours de la montée initiale je vois de la fumée blanche sortir de la jonction du capot moteur , celle-ci devient plus épaisse et je sens l’odeur d’huile brulée dans le cockpit .
J’ai la puissance moteur , la pression d’huile est normale , mais comme je ne sais pas ce qui se passe je décide qu’il faut interrompre le remorquage .
On est relativement haut , j’avertis calmement le pilote du planeur :
” j’ai de la fumée sort du capot moteur , il faut que tu largues”
Il me demande de répéter , j’imagine qu’il n’entend pas bien , donc je fais un battement d’aile et je répète à la radio , le largage intervient dans la seconde .
Je ne me souviens pas avoir regardé dans le rétro ni vu le planeur virer à droite , mais rapidement je réduis le régime moteur et j’entame un virage à gauche comme pour reprendre un tour de piste , mais en descente légère pour garder la vitesse .
Après un 180° j’analyse la situation , le planeur est à ma gauche , même hauteur , relativement loin , je dirais 400 m .
Je peux me poser à contre QFU ce qui m’évitera de remettre la puissance , mais je risque de me retrouver à me poser en même temps que le planeur.
C’est alors que celui-ci me dit par radio qu’il va utiliser la piste en dur pour me laisser libre la piste en herbe .
Je termine donc ma manœuvre de rapprochement et réalignement sur la piste en herbe et je me pose donc avec le vent arrière .
Je touche à mi-piste et je roule jusqu’au starter .
Après l’arrêt de ma machine , je constate que le planeur est posé normalement à environ mi-piste sur la dure . Le véhicule de piste va le chercher .
Je décapote le moteur , et je ne constate aucune trace de fuite ou début d’incendie .
Pilote planeur:
Je retiens:
– que le briefing sécurité est indispensable. En cas de casse câble à basse hauteur, la moindre réflexion est impossible. J’ai instinctivement appliqué la procédure que je répète à tous mes stagiaires avant décollage à ce QFU (“si trop haut pour poser avant la rocade, virage à doite”), et que je me suis répété à voix haute avant le décollage de l’incident.
– qu’il y a un trou dans le briefing sécurité et nos procédures: le cas d’un retour au sol simultané du remorqueur en panne. Le plus délicat à gérer lors de cette expérience a été la séparation avec le remorqueur, sous pression, en courte finale, sans y être préparé.
– que le volume de la radio doit être très franchement exagéré avant le décollage (note sur le CRIS?).
– que je ne mettrais plus jamais la pression à un mécano pour partir plus tôt que prévu s’il est en train d’intervenir sur une machine.
En termes d’instruction et de procédures, je vais suggérer:
– de définir avec nos pilotes remorqueurs une procédure pour traiter le cas d’un contre-QFU simultané (exemple: demi-tour planeur côté piste en dur, remorqueur côté hangars, et atterrissage planeur sur piste en dur si libre).
– de ré-instaurer des entrainements au contre-QFU pour nos stagiaires, avant lâché (stratégie de déconfliction à définir, notre plateforme étant parfois très fréquentée).
– d’inclure dans nos formations au minimum un atterrissage sur la piste en dur, pour faire prendre conscience aux stagiaires de cette possibilité (qui n’est pas naturelle pour nous, pilotes planeur), et s’habituer aux repères visuels sur une piste de faible largeur (25m).
– que le message radio pour demande de largage de la part du remorqueur soit court, répété et univoque (“planeur XX largue, largue, largue” par exemple).
– que le briefing sécurité soit fait avant le CRIS, bien avant d’être sous la pression du remorqueur qui s’aligne. C’est une habitude que j’ai prise avec mes stagiaires, et qui s’avère bénéfique: elle permet de prendre le temps de se projeter, et de traiter sérieusement les “cas particuliers” (comme au QFU du jour de l’incident, avec des dégagements très limités droit devant).
Pilote remorqueur / mécanicien:
En tant que mécanicien :
Le nettoyage du moteur et de son environnement doit être réalisé avec soin .
Il ne faut pas laisser l’huile couler sur le radiateur , car même avec un bon nettoyage de l’huile peut rester piégée dans les alvéoles .
De plus , il semble que l’utilisation du nettoyant dégraissant sur le bloc moteur fait couler par gravité l’huile entre le silencieux d’échappement et la boite de chauffage cabine ( échangeur en inox ) , difficile à retirer ensuite .
Lors de la phase décollage , la ventilation du radiateur par l’hélice et le déplacement de l’aéronef , des gouttelettes d’huile résiduelles peuvent être projetées sur l’échappement .
Celui-ci va monter progressivement en température , pour atteindre plusieurs centaine de degrés en moins d’une minute , jusqu’à vaporiser l’huile , ce qui dégage une quantité de fumée importante , et ce phénomène n’est pas forcément constaté lors des essais moteur au sol .
C’est la première fois que j’observe un tel dégagement de fumée , qui en plus pourrait incommoder le pilote car rien n’est vraiment 100% étanche entre le compartiment moteur et la cabine.
Donc vol d’essai obligatoire après toute intervention sur le moteur .
En tant que pilote remorqueur :
Interrompre le remorquage est inhabituel mais gérable si on est assez haut , à la fois pour le planeur ( on pense aussi à lui ) et en tant que pilote du remorqueur .
Je constate que lors d’une telle situation qui est stressante , impossible de se concentrer sur 2 choses à la fois .
La priorité est donnée au pilotage et au retour au sol en sécurité , mais c’est vraiment l’instinct qui prend le dessus .
Etre a bord d’un motoplaneur permet d’avoir un certain temps de réflexion et de bien gérer l’atterrissage improvisé , même si , comme dans ce cas de figure j’ai fais le choix de travailler sans remise des gaz ( c’est une situation proche d’une panne moteur ).
Par contre se poser en même temps que le planeur sur la même piste doit être possible mais délicat -> donc envisager un plan B et s’entrainer à la prise de décision.
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