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Sortie de piste de l’avion remorqueur

Titre :
Sortie de piste de l'avion remorqueur
Localisation :
Local
Date :
07/01/2026
Nature du vol :
Instruction
Je suis :
Autre
Nombre de machines :
1
Météo :
Vent arrière
Dégats :
Non
Phase de vol :
Envol remorquage
Catégorie :
1
Type d'aérodrome :
Usage restreint vol à voile
ATC :
Aucun
Radio :
Oui
Type de machine :
Avion remorqueur
Modèle de machine :
DR400
Transpondeur :
Aucun
GPS :
Non
Nombre d'occupants :
1
Statut :
Pilote
Âge :
Plus de 70 ans
Expérience récente :
5 à 20 heures
Expérience totale :
Plus de 500 heures

Le mercredi 7 janvier 2026, un pilote expérimenté de 84 ans (plus de 6 000 heures de vol, environ 50 ans de carrière) effectue un vol de remorquage aux commandes d’un avion DR400. Sur les cinq mois précédant l’événement, le pilote a maintenu une activité régulière avec environ 23 heures de vol réparties sur 21 vols et quelque 154 remorquages effectués. Les conditions météorologiques sont calmes avec une très légère tendance nord. Deux vols de remorquage sont prévus ce jour-là.

La piste utilisée (QFU 12) offre une distance d’atterrissage de 465 mètres avec une pente montante. Elle ne dispose d’aucun dégagement dans l’axe : un décrochement de terrain d’une vingtaine de mètres marque la fin de piste. Peu de dégagement en latéral non plus car la partie sud est constituée d’un taxiway et d’une zone de parking planeurs. Si ces zones sont dégagées de tous aéronefs ou personnels, cela offre environ 30 mètres avant une butte, un chemin peu praticable et une zone boisée. Le choix du QFU 12 est contraire au vent dominant du jour (tendance nord), mais la faible intensité de ce vent rendait ce type d’atterrissage compatible et souvent pratiqué par les pilotes du club. Cette configuration nécessite toutefois une conscience de la menace et une vigilance accrue pour y remédier.

Avant le départ, le pilote effectue le plein de carburant, les purges et la prévol. Il fait froid ; le pilote porte un blouson épais. Une fois installé aux commandes, il juge ce blouson encombrant, le retire et le pose sur le siège passager. La mise en route, l’attente de la température moteur se déroulent normalement. Le premier remorquage s’effectue sans problème.

Au retour, lors de la descente en vent arrière, le pilote réduit les gaz et tire le réchauffage carburateur. Il sort le premier cran de volets. À ce moment, la planchette de vol posée sur la veste, tombe au sol du cockpit. Le pilote la récupère et perd dans ce laps de temps la précision des paramètres pour poser de manière standard.

En finale pour la piste 12, le pilote constate une vitesse sol élevée et un taux de chute faible. Il attribue ces paramètres à une possible rafale de vent arrière, la manche à air étant parfois masquée selon certaines conditions. Les données enregistrées par le FLARM indiquent les vitesses sol suivantes : 160 km/h en début de courte finale, 147 km/h à 10 mètres sol au virage final à droite, 140 km/h au survol du seuil de la bande goudronnée.

Le pilote n’a pas sorti le deuxième cran de volets. Il ne s’en aperçoit qu’au moment où il tente de manipuler les volets pour l’atterrissage.

À cet instant, le pilote évalue trois manœuvres nécessaires pour une remise de gaz : repousser le réchauffage carburateur, sortir les volets, remettre les gaz. Il juge ce scénario trop risqué dans le temps disponible. Il vérifie que la zone de dégagement à droite de la piste est libre de tout obstacle et de toute présence humaine. Il décide de poursuivre l’atterrissage.

L’avion touche la piste à environ 130 km/h, à environ 100 mètres avant la bretelle d’accès au hangar. Les vitesses enregistrées ensuite sont : 124 km/h au passage de la bretelle, 97 km/h à 100 mètres de la fin de piste, 67 km/h à la bretelle sud (50 mètres de la fin de piste).

Le pilote freine en évitant de bloquer les roues. Constatant que la distance restante ne suffira pas, il dévie sa trajectoire vers la droite, relâchant le frein gauche pour tourner puis reprenant le freinage. L’avion quitte le goudron à environ 40 km/h. Il s’immobilise dans la zone de parking sud, à une dizaine de mètres de la butte du starter.

L’avion est indemne. Le pilote est indemne. Aucun dommage matériel n’est constaté.

Après l’événement, le chef de piste autorise le pilote à effectuer un autre décollage, avec consigne de se poser en piste 30.

### Menaces identifiées

**Menace environnementale : fiabilité perçue des indicateurs de vent**

En environnement montagneux, les indicateurs de vent au sol peuvent ne pas refléter fidèlement les conditions en approche (effets topographiques, turbulences de relief, gradients localisés). Le pilote connaissait cette limitation. Paradoxalement, c’est cette connaissance qui l’a conduit à attribuer ses paramètres d’approche anormaux (vitesse sol élevée, taux de chute faible) à une possible composante de vent arrière résiduelle, alors que la manche à air indiquait correctement un vent calme. Cette recherche d’une explication météorologique a détourné son attention de la véritable cause : l’oubli du deuxième cran de volets.

**Menace liée à la charge cognitive et à l’évolution des ressources avec l’âge**

Tout au long d’une carrière de pilote, les ressources cognitives évoluent. L’expérience apporte des atouts irremplaçables (automatismes affinés, reconnaissance de situations, sérénité), mais certaines sollicitations spécifiques — comme la gestion simultanée de tâches imprévues ou la reprise rapide d’une séquence interrompue — peuvent demander un effort accru avec les années. Ce phénomène, naturel et universel, s’est manifesté ici lors de la récupération de la planchette tombée, qui a momentanément saturé les ressources disponibles.

### Erreurs identifiées

**Erreur principale : perturbation de la séquence d’approche et perte de conscience situationnelle**

En vent arrière, après réduction des gaz et activation du réchauffage carburateur, le pilote sort le premier cran de volets. À ce moment, la planchette de vol posée sur la veste (elle-même placée sur le siège passager) tombe au sol du cockpit. Le pilote la récupère et perd dans ce laps de temps la précision de ses paramètres. Il se retrouve, selon ses propres termes, “derrière l’avion”.

Cette rupture de la boucle de conscience situationnelle se manifeste par :
– L’oubli du deuxième cran de volets
– L’incapacité à interpréter correctement les indices pourtant clairs d’une configuration anormale : vitesse sol de 160 km/h en courte finale (au lieu de 110-120 km/h), taux de chute faible
– L’attribution erronée de ces anomalies à une cause externe plutôt qu’à sa propre configuration

**Erreur secondaire : oubli de configuration des volets et détection tardive**

Le pilote n’a pas sorti le deuxième cran de volets et ne s’en aperçoit qu’au moment de l’atterrissage, lorsqu’il tente de manipuler la commande. Cette détection tardive réduit drastiquement les options de récupération.

**Erreur de décision : renoncement à la remise de gaz**

Face à une approche manifestement non stabilisée, le pilote évalue la remise de gaz comme trop complexe dans le temps disponible (trois actions à enchaîner : repousser le réchauffage carburateur, sortir les volets, remettre les gaz). Il décide de poursuivre l’atterrissage après avoir vérifié que la zone de dégagement latérale est libre.

Cette décision, bien que compréhensible dans l’urgence, illustre un piège cognitif fréquent : la règle fondamentale “approche non stabilisée = remise de gaz” n’a pas été appliquée. La séquence de remise de gaz, qui peut sembler longue sous stress, ne prend en réalité que quelques secondes. Le vrai risque n’est pas la durée de la manœuvre, mais l’hésitation qui la précède.

### Déroulement de la phase critique

Les données FLARM documentent la séquence :
– 160 km/h en début de courte finale
– 147 km/h à 10 mètres sol au virage final
– 140 km/h au survol du seuil de piste
– 130 km/h au toucher des roues (environ 100 mètres avant la bretelle d’accès au hangar)
– 124 km/h au passage de la bretelle
– 97 km/h à 100 mètres de la fin de piste
– 67 km/h à 50 mètres de la fin de piste

Le pilote freine en évitant de bloquer les roues. Constatant que la distance restante ne suffira pas, il dévie sa trajectoire vers la droite, relâchant le frein gauche pour tourner puis reprenant le freinage. L’avion quitte le goudron à environ 40 km/h et s’immobilise dans la zone de parking sud, à une dizaine de mètres de la butte du starter.

### Rôle de l’expérience : ce qui a fonctionné

L’expérience du pilote a été déterminante dans la gestion finale de l’événement :

– **Absence de panique** : malgré une situation dégradée, le pilote a conservé sa lucidité
– **Évaluation rapide des options** : vérification immédiate que la zone de dégagement latérale était libre de tout obstacle et de toute présence humaine
– **Technique de freinage maîtrisée** : freinage contrôlé sans blocage des roues, préservant la directivité
– **Décision de dégagement latéral** : anticipation de la sortie de piste et choix délibéré d’utiliser la zone de parking sud plutôt que de subir un débordement axial catastrophique
– **Exécution du virage sous freinage** : relâchement du frein gauche pour amorcer le virage, reprise du freinage une fois la trajectoire établie

Ces contre-mesures, mobilisées dans les dernières secondes, ont transformé ce qui aurait pu être un accident grave en un incident sans conséquence. L’avion et le pilote sont indemnes.

### Ce qui aurait pu être amélioré

**Organisation du cockpit**

La planchette de vol était simplement posée sur la veste, elle-même posée sur le siège passager. Aucun dispositif de sécurisation n’empêchait sa chute. Une organisation rigoureuse du cockpit avant les phases critiques, avec un emplacement dédié et sécurisé pour chaque objet mobile, aurait évité cette distraction.

**Verbalisation des check-lists**

La verbalisation (même mentale) des items de check-list en vent arrière crée un point d’ancrage qui facilite la détection d’un oubli. L’absence de cette discipline a contribué à ce que l’oubli du deuxième cran de volets passe inaperçu.

**Application de la règle “approche non stabilisée = remise de gaz”**

Le pilote a perçu que “quelque chose clochait” sans identifier quoi. Cette perception aurait dû déclencher une remise de gaz immédiate plutôt qu’une poursuite de l’approche en espérant comprendre. La règle est simple : si les paramètres sont anormaux et qu’on ne comprend pas pourquoi, on interrompt et on recommence.

**Entraînement à la remise de gaz tardive**

La perception que la remise de gaz était “trop complexe” suggère un manque de pratique récente de cette manœuvre, notamment avec réchauffage carburateur tiré. Des exercices réguliers en vol de révision, à différentes hauteurs, permettent de calibrer son propre seuil de décision et de réduire l’hésitation en situation réelle.

### Analyse de la gravité potentielle

Dans le scénario le plus défavorable, cet atterrissage dégradé aurait pu conduire à un accident grave. La configuration de la piste 12 ne tolère pas l’erreur : le décrochement de terrain en bout de piste aurait provoqué un basculement de l’aéronef avec impact violent contre le relief en contrebas. Avec du carburant à bord, le risque d’incendie post-impact était significatif.

L’avion s’est immobilisé à seulement 10 mètres de la limite de la zone de dégagement viable. La marge résiduelle était critique.

Classification ERCS : **I2 (Élevé)** — Gravité I (décès possible mais non certain), Probabilité 2 (plusieurs barrières ont échoué, seule la récupération tardive a stoppé l’accident).

### Enseignements pour la pratique

**Pour tous les pilotes remorqueurs :**

1. **Sécuriser systématiquement les objets mobiles** avant chaque phase critique. La planchette, les cartes, le téléphone — tout ce qui peut tomber doit avoir un emplacement dédié et sécurisé.

2. **Verbaliser les check-lists en vent arrière.** Cette discipline simple crée un filet de sécurité contre les oublis.

3. **Appliquer sans hésitation la règle de l’approche non stabilisée.** Paramètres anormaux + incompréhension = remise de gaz. Toujours. Un circuit supplémentaire n’est jamais un échec.

4. **S’entraîner régulièrement à la remise de gaz tardive**, y compris avec réchauffage carburateur tiré. Connaître son propre seuil de décision réduit l’hésitation en situation réelle.

5. **Connaître ses zones de dégagement** et les intégrer dans sa conscience situationnelle. Le pilote a pu sauver la situation parce qu’il savait où aller.

**Pour les instructeurs et l’encadrement :**

1. Intégrer dans les vols de prorogation des exercices de **remise de gaz à différentes hauteurs**, avec réchauffage tiré.

2. Proposer des **mises en situation d’approche perturbée** pour entraîner la capacité à reprendre une séquence standard après interruption.

3. Utiliser ce REX comme support de **briefing** sur la conscience situationnelle et la prise de décision.

4. Rappeler que **l’expérience ne vaccine pas contre l’erreur** — elle peut même, paradoxalement, réduire la vigilance face aux situations que l’on pense maîtriser parfaitement.

### Conclusion

Cet événement illustre la fragilité de la conscience situationnelle : quelques secondes de distraction ont suffi à faire basculer un pilote chevronné dans une situation de rattrapage. Ce n’est pas l’expérience qui protège de cette perte — c’est la reconnaissance immédiate qu’on l’a perdue et la décision d’interrompre la séquence en cours.

La meilleure gestion d’une situation critique reste de l’éviter. Une approche interrompue, un circuit supplémentaire, une remise de gaz : ces décisions ne sont jamais des échecs. Ce sont des actes de professionnalisme.

Le pilote impliqué a eu le courage de déclarer cet événement avec honnêteté et de participer pleinement à son analyse. Ce partage permet à l’ensemble de la communauté de progresser. La sécurité n’est jamais acquise — elle se construit vol après vol, par une vigilance constante et une remise en question permanente de nos pratiques.

Le défaut de stabilisation en finale avec une vitesse très forte (160 km/h) aurait dû conduire à une remise gaz. Il n’est pas nécessaire de se précipiter dans l’enchainement des actions lorsqu’on fait une remise de gaz.

On peut noter qu’il y semble y avoir une distorsion cognitive quant aux capacités nécessaires pour gérer une remise de gaz par rapport aux capacités nécessaires à gérer un atterrissage qu’on sait déjà être délicat.  Cela amène à choisir une solution présentant des risques importants.

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