Skip to main content

Atterrissage train rentré d’un planeur à l’issue d’un vol de performance

Titre :
Atterrissage train rentré d'un planeur à l'issue d'un vol de performance
Localisation :
Campagne
Date :
25/06/2026
Nature du vol :
Compétition circuit
Je suis :
Pilote
Nombre de machines :
1
Météo :
Orages, Pluie, Chaleur
Dégats :
Oui
Phase de vol :
Approche/Atterrissage aérodrome
Catégorie :
1
Type d'aérodrome :
Ouvert à la CAP
ATC :
Aucun
Radio :
Oui
Type de machine :
Planeur pur
Modèle de machine :
LS6
Transpondeur :
Mode S
GPS :
Oui
Nombre d'occupants :
1
Statut :
Pilote
Âge :
Plus de 70 ans
Expérience récente :
Plus de 20 heures
Expérience totale :
Plus de 500 heures

Lors d’un stage de performance organisé en fin de mois de juin, un pilote breveté participait au deuxième jour de l’activité avec pour objectif un circuit de 300 km but fixé, dont le retour était prévu sur son terrain d’attache. Les conditions annonçaient de très fortes chaleurs, et un briefing matinal avait rappelé les précautions liées à la chaleur. Le pilote avait emporté environ deux litres d’eau et s’est hydraté régulièrement. Le décollage est intervenu vers 13h30.

Le départ s’est révélé difficile. Vers 15h30, le planeur s’est retrouvé en point bas sur un plateau, au point qu’un champ posable a été repéré ; une ascendance a permis de reprendre de l’altitude et de poursuivre. L’objectif initial étant abandonné, le pilote a poursuivi vers le nord avant de faire demi-tour pour rentrer. Vers 17h30, à environ 3000 m, les conditions restant favorables, il a décidé de rejoindre un aérodrome situé à une quarantaine de kilomètres pour profiter de la fin de convection et regagner son terrain d’attache.

L’arrivée sur cet aérodrome s’est faite vers 17h40 à environ 2200 m. Des averses étaient présentes au nord du terrain, tandis que le secteur sud restait ensoleillé. La recherche d’ascendance s’est avérée infructueuse, les valeurs restant nulles ou négatives. Vers 1200 m, après environ cinq heures de vol, le pilote a décidé d’interrompre cette recherche et de se poser sur une piste de 1700 m, avec un vent de sud-est faible. Le planeur a été configuré à 10° de volet en vue d’un posé court. La procédure habituelle de vérification avant atterrissage n’a été énumérée ni à voix haute ni mentalement.

L’approche et le toucher des roues se sont déroulés normalement. Après trois à quatre secondes de roulage, le pilote a pris conscience que le train d’atterrissage n’avait pas été sorti, les aérofreins ayant été déployés comme prévu. Le planeur a glissé sur le ventre sur environ cent mètres avant de s’immobiliser, endommageant le revêtement composite par frottement. Seul à bord, le pilote ne pouvait ni ressortir le train ni déplacer l’appareil, et la piste est restée bloquée jusqu’à l’arrivée d’une aide extérieure.

Voir PJ pour l’analyse exhaustive orientée TEM.
CR de la commission :
Rappelons-le d’emblée : l’atterrissage train rentré est l’un des événements les plus fréquents en vol à voile, et il touche en grande majorité des pilotes expérimentés et rigoureux. Y voir une faute individuelle serait passer à côté de l’essentiel. La vraie question n’est pas qui, mais comment un automatisme solide peut se désarmer un jour donné — et comment s’en prémunir.

Ce que cet événement nous enseigne
1. Un automatisme accroché à un décor tombe avec le décor.
C’est l’enseignement central. Pour beaucoup d’entre nous, la vérification avant atterrissage se déclenche en arrivant sur le circuit du terrain habituel : la zone de perte d’altitude, l’annonce radio rituelle. Tant que ce décor est là, l’automatisme s’arme tout seul. Le jour où l’on se pose ailleurs, ce repère manque — et la procédure, pourtant parfaitement connue, n’est jamais déclenchée. Le remède est de détacher la vérification du lieu : elle doit s’enclencher sur un événement universel, la décision de se poser, où que ce soit, et se prononcer à voix haute, surtout sur un terrain inconnu.

2. Décider tard, c’est devoir tout faire en même temps.
Poursuivre la recherche d’ascendance jusqu’à basse altitude, c’est voler à la préparation de l’approche le temps qui lui revient. Quand on bascule enfin en circuit, il faut alors juger le vent, gérer son plan, surveiller le trafic et configurer la machine d’un seul coup — et c’est dans cette surcharge que la vérification du train passe à la trappe. La fixation, bien naturelle, sur le retour au terrain d’attache retarde l’acceptation de la situation réelle. Se fixer avant le vol une altitude plancher au-delà de laquelle on cesse de chercher et l’on prépare l’atterrissage — puis verbaliser cette décision — casse net ce biais de continuation. Décider tôt, c’est s’offrir le temps de bien faire.

3. La barrière de secours était une simple phrase.
L’annonce de vent arrière habituelle contient la formule de vérification du train. Prononcée ce jour-là, elle aurait offert une seconde chance de débusquer l’oubli ; elle ne l’a pas été. Cette annonce n’est pas un rituel pour les autres : c’est un filet de sécurité pour soi. Elle doit rester systématique, même en solo, même sans trafic, même sans personne à l’écoute.

4. On choisit une zone, pas seulement un terrain de secours.
S’engager vers un secteur d’averses, au-dessus de sols détrempés où les chances de remonter sont faibles, c’est miser contre soi — même avec un terrain de dégagement en poche. Le calculateur fournit les éléments pour conserver le local d’une zone exploitable et faire demi-tour à temps. C’est un outil de décision, pas seulement de confirmation d’un plan déjà arrêté.

Ce qui a été bien géré — et qu’il faut saluer
L’analyse ne doit pas masquer les bonnes décisions, car elles s’apprennent autant que les pièges. Plus tôt dans le vol, en point bas, le pilote a repéré un champ posable avant de pouvoir repartir : c’est exactement la gestion de marge attendue. Surtout, face à une recherche d’ascendance qui ne donnait rien, il a su renoncer et choisir une piste sûre plutôt que de s’entêter, tout en conservant la marge d’altitude nécessaire pour rejoindre la vent arrière en sécurité.

Renoncer à temps est un acte de compétence, pas un échec — c’est même la décision la plus saine de tout ce vol.

Et une fois immobilisé au sol
Seul à bord, on ne peut ni ressortir le train ni dégager l’appareil : la piste devient alors inutilisable pour tous les autres usagers. Le bon réflexe tient en deux gestes : ouvrir la carte VAC du terrain pour y trouver les coordonnées de l’exploitant, et prévenir celui-ci sans délai afin qu’il sécurise la piste et mobilise les moyens de dégagement. La priorité du pilote au sol n’est pas de réparer, mais de transmettre l’information à qui de droit.

À retenir — quatre réflexes qui protègent partout
La check-list s’arme sur la décision de se poser, pas sur l’arrivée au terrain habituel — et se dit toujours à voix haute.
Une altitude plancher fixée à l’avance pour arrêter de gratter et passer en préparation d’atterrissage.
L’annonce de vent arrière complète, train compris, à chaque fois — même seul, même sans trafic.
Carte VAC + exploitant dès qu’une piste est immobilisée.
En un mot
Un oubli sans conséquence humaine, qui nous rappelle qu’un automatisme des plus solides peut reposer sur un repère que nous ne voyons même plus. Détachons notre vérification du décor, et décidons de nous poser tôt : deux gestes simples qui nous protègent partout, pas seulement à la maison.

Close Menu