Pendant qu’il me remorque, le pilote du MS 893 se dirige vers un planeur en spirale. J’annonce à la radio :TC il y a un planeur devant
Comme je n’obtiens aucune réponse et aucune modification de trajectoire je réitère mon message. A nouveau je n’obtiens aucune réaction du remorqueur ni aucune modification de trajectoire.
Devant l’imminence d’un abordage je tire la poignée de largage et j’effectue un dégagement par la gauche, sauf que le câble ne se largue pas et que je me retrouve en écartement extrême à gauche, avec un câble qui se met en arc de cercle sous mon aile droite. Je ne quitte pas le câble des yeux et je sors partiellement les aérofreins pour augmenter la trainée et retendre le câble.
Tout se passe bien : la collision n’a pas eu lieu et je peux poursuivre mon remorquage.
Immédiatement, je me rends compte que ce n’est pas la poignée de largage que j’ai tirée, c’est la poignée de décompression du turbo. J’avais fait beaucoup d’instruction en place arrière en Alliance 34 lors des vols précédents, et je pense que par réflexe en situation de péril imminent je suis allé chercher instinctivement la poignée sous le tableau de bord alors que sur le Ventus elle se situe entre les jambes.
Les 2 planeurs sont équipés d’un Flarm, mais pas le remorqueur. Le pilote du second planeur a entendu mes messages. Il était en spirale, il a compris que c’était probablement lui qui était concerné, mais n’a pas identifié immédiatement d’où venait le danger. Son Flarm s’est déclenché et l’a renseigné suffisamment tôt pour qu’il plonge sous le remorqueur et évite l’abordage.
Le pilote du remorqueur a entendu mes messages, mais ne voyant pas le planeur en spirale il n’a pas eu le réflexe de modifier sa trajectoire. Je pense avoir donné les informations radio à temps, mais je ne maitrisais pas la trajectoire du remorqueur.
Puis c’est allé très vite, ça a duré quelques secondes de stress intense que je n’avais jamais ressenti au cours de mes 4000 h de vol.
J’ai mis quelques minutes pour reprendre mon calme et j’ai fais ensuite 1 heure de vol paisible. Je ne suis pas persuadé que dans une telle situation l’expérience soit décisive. Il est difficile d’imaginer nos propres réactions dans de telles circonstances sans les avoir réellement vécues.
Deux choses à retenir :
1-il existe des angles morts sur les avions. Je pense qu’il faut éviter les trajectoires trop rectilignes en remorquage pour que le balayage visuel soit le plus efficace possible.
2-en situation d’urgence j’ai agi de manière précipitée, désordonnée et inefficace pour larguer le câble. Est-ce bien de ne plus faire d’essai largage avant le décollage avec les crochets Tost?