Le pilote:
21 ans,entame sa 7 ième saison de vol à voile, 620h de vol dont près de 200 dans les 12 derniers mois. Un stage à Saint Auban en semaine 09 avec 15 heures de vol durant ce stage (donc ce n’était pas son premier vol de l’année!). Vol de contrôle effectué deux semaines auparavant avec un instructeur du club.
Avait fait un vol de 35 minutes en Duo Discus en tant que commandant de bord la veille avec un autre membre du club.
Etat d’esprit: Motivé par la situation météo enfin favorable après un long hiver.
Dés 12h30 ce jour là, des nuelles et de petits cumulus décorent le ciel alsacien, un petit vent de nord est de 10kt.
Enfin une journée où l’on va pouvoir sortir du local et se balader un peu!
Je vais faire le premier vol de la saison pour le pégase du club. Il sors donc de sa visite annuelle! Pré-vol, attente du remorqueur (qui dispose d’un dispositif pour enrouler son câble en nylon), installation dans le planeur, CRIS, accrochage du câble, fermeture verrière.
Et là, je me rends compte qu’il faut que je pousse les palonniers un peu plus en avant pour que ma tête reste à distance respectable de la verrière.
Je suis le premier à décoller, je vais faire la buse: remorquage, 500m sol, ça pousse, j’attrape la poignée jaune et… impossible de la tirer au delà de quelques millimètres!! Je réessaye en la tripotant un peu… même résultat, troisième essai toujours pareil!
Le stress monte, je m’imagine déjà faire un retour au sol avec le remorqueur et l’idée ne m’enchante pas du tout!
J’avertis le pilote remorqueur par radio
-RJ de H2?
-Je t’écoute!
-Impossible de larguer, la poignée de largage est bloquée!!
– Tu as bien tiré sur la bonne poignée?
– Affirme, la poignée jaune sur le coté gauche de la cabine!
– D’accord, tu veux qu’on fasse un retour au sol?
-Euuuhh stand by…
Là la pression monte vraiment.
Le chef pilote au starter intervient sur la fréquence mais je ne me souviens plus de ce qu’il a dit.
Il conseille de couper le câble coté remorqueur. A ce moment là, ce sont plutôt le pilote remorqueur et le starter qui statuent sur mon sort! Sous l’effet du stress (et de la rage de ne pas pouvoir profiter des ascendance aussi) je me suis complètement effacé de la conversation!
800m QNH. Soit 650 m sol
-Starter de RJ tu me confirme que je coupe mon câble?
-Affirme
Quelques secondes passent
-RJ, je coupe le câble!
Et hop, me voici avec un câble de 60 mètres pendant sous mon planeur au dessus de la ville.
Je fais un timide 360 pour voir comment réagit le planeur. Coup d”il au vario: -4m s ça chute dis donc!!
J’entends comme un espèce de CLONG et pense alors que le câble s’est décroché.
Sur le coup, je ne pense pas aux gens qui pourraient se trouver en dessous mais plutôt à comment je vais me présenter pour le tour de piste.
Je demande au remorqueur de faire une vérification visuelle: il me confirme que le câble est toujours là. OK
Il me demande si je veux me poser en premier, je lui rétorque que non.
Le remorqueur sera donc numéro un et moi numéro deux.Comme ça chute, je commence donc une vent arrière éloignée à 450 m sol et ne sors quasiment pas les AF en base!
Dernier virage entre 150 et 200 m sol, durée de la finale environ 45 secondes,durant laquelle je contacte le starter pour qu’il me donne un avis sur mon approche.
-C’est très bien comme ça! me dit-il d’une voix rassurante!
Un instant j’ai l’impression de faire une approche en ASK-13 par vent fort tellement la pente est forte.
Arrondi et atterrissage en douceur, dégagement à 30° sur le taxiway, le planeur est arrêté.
Ouf, c’est fini!
Finalement ce n’est pas si compliqué que ça d’atterrir avec un câble! Bien que je sois un pilote relativement entraîné, le stress était bien là! Nous vérifions donc au sol d’où venait le problème.
En fait, lors des essais de largage à la fin de la visite annuelle, les palonniers n’étaient pas poussés à fond devant.
Et, à cause des différents câblages situés derrière le boitier radio et qui n’avaient pas été remis de façon optimale, la tige du palonnier touchait le crochet de largage lorsque les palonniers étaient à fond en avant!
Le fait d’avoir re-règlé les palonniers après avoir accroché le câble ne m’a pas permis de détecter le défaut avant de décoller.
Essai de largage? Vu qu’on avait amené le planeur en piste avec le tracteur et que j’avais utilisé la poignée jaune pour le décrocher une fois en piste, je n’ai pas jugé utile de faire un essai de largage une fois derrière le remorqueur!
Ce qu’on aurait pu faire de mieux pour gérer la situation:
1) Prendre plus de temps avant de larguer le câble, il n’y avait pas d’urgence absolue, le remorqueur avait fait le plein d’essence juste avant.
2) Cela aurait permis au chef pilote de nous diriger soit verticale terrain soit sur la forêt au si jamais le câble se décrochait aussi du planeur.
Conseil que j’aurais à donner:
1) Généraliser les essais de largage avant décollage.
2) Pour les Pégases ou les planeurs dont l’habitacle est similaire, bien vérifier avant le remise en service, lors des essais de crochet en fin de visite annuelle, que les palonniers soient poussés à fond en avant!
3) Si ce genre d’incident vous arrive en vol, ne pas hésiter à temporiser vis à vis des autres intervenants sur la fréquence, prendre le temps de réfléchir, penser aux conséquences si un câble tombe sur une zone à forte densité de population!
© 2026 Fédération Française de Vol en Planeur. Centre de confidentialitéMentions légales