Impact du stress sur la sécurité
Ce jour-là , l’instructeur prévu a appelé pour signaler qu’un empêchement de dernière minute le mettait dans l’incapacité à assurer ses obligations.
Déjà lâché, pas encore breveté à l’époque, habitant à 100Km de l’aérodrome, j’étais émment très déçu, surtout vue la météo magnifique, mais je me suis dit qu’on trouverait bien matière à s’occuper.
Un collègue breveté et ayant l’autorisation d’emport passagers m’a alors proposé de voler avec lui.
Il a proposé d’effectuer la mise en l’air et de me confier les commandes quelque part avant la fin du remorquage. J’ai accepté. Je passe les détails du CRIS fait avec le plus grand sérieux et la phase de décollage, impeccable. Je ne sais plus à quelle altitude j’ai pris le manche et ça n’a pas d’importance.
Je précise qu’on avait une parfaite confiance mutuelle même si on se retrouvait chacun dans une situation inhabituelle. J’avais donc les commandes lorsque le vario est venu en butée positive à 350m sol. Mon collègue m’a alors invité de façon insistante à larguer. J’ai refusé, arguant de l’enseignement que j’avais toujours suivi consistant à larguer au dessus de 500m. Mon habitude consiste à me préparer vers 450m en prenant la poignée jaune, à inspecter soigneusement la zone, à la contrôler pour être prêt quand se présentera la pompe où le remorqueur se fait un devoir de nous conduire.
Il a donc insisté en me faisant remarquer que l’ascenseur était arrivé et qu’il fallait le prendre maintenant.
A 400m, j’ai fini par obtempérer mais dans la précipitation, c’est sur la poignée bleue que j’ai tiré. Toujours dans la précipitation, j’ai amorcé un virage à droite accompagné d’une légère ressource (non sans avoir contrôlé le secteur droit) mais sans contrôler que le largage avait bien eu lieu. On imagine tout à fait ce qu’a pu ressentir le remorqueur.
Nous nous sommes immédiatement rendu compte de mon erreur. J’ai repoussé et reverrouillé les AF en rendant la main pendant que mon collègue larguait.
Grosse grosse chaleur et stress-metre en butée positive.
Tout cela n’a duré que très peu de temps ; le remorqueur a voulu larguer de son côté mais sa main n’a pas eu le temps d’atteindre la poignée que déjà la tension s’était relâchée et qu’il voyait le câble libre derrière lui. Il nous attendrait néanmoins de pied ferme pour explications ; on le comprend. Sur l’ASK21, les poignées jaune et bleue sont l’une derrière l’autre et celle des AF est bien plus accessible ; elle tombe naturelle dans la main. Celle de largage demande un petit effort.
Ma réticence nous a permis de gagner encore 50m avant l’incident et, à 400m, la hauteur était suffisante pour permettre au remorqueur de reprendre un vol normal en sécurité.
Les enseignements sont nombreux.
A commencer par le fait qu’il ne peut y avoir qu’une seule personne aux commandes.
Ensuite, s’en tenir à ce qu’on sait faire, surtout quand on est face à aucune urgence. Et le faire bien, sans précipitation.
J’ai aussi appris ce que ce type de situation peut provoquer comme effet ; pendant quelques secondes immédiatement après avoir remis l’appareil en vol normal dans la pompe, je me suis nettement senti diminué, mes capacités mentales comme anesthésiées.
Il y a le bon stress, celui qui nous tient en éveil et accroît même nos capacités (au prix, quand même, d’une plus grande consommation de ressources).
Il y a ensuite le stress provoqué par le désaccord avec les autres personnes et, en l’occurrence, avec une personne qui, en qualité de CdB, a autorité. Ce stress (mettre la pression) est beaucoup moins bon, surtout en vol.
Il y a enfin le stress lié à des situations inhabituelles et dangereuses. Il peut considérablement réduire nos capacités.
Cet événement montre néanmoins que la formation reçue permet de remédier à un tel incident en identifiant immédiatement le risque (remorquage, planeur en position haute –> avion mis en piqué –> rendre la main et larguer).
Pour terminer, j’ai appris qu’une situation parfaitement normale peut très rapidement basculer.
Commentaire FFVV
la notion de commandant de bord est extrêmement importante et le vol mutuel peut être une source de gags.
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