Contexte :
Fin d un vol d’instruction en local qui a duré 1h en thermique pur.
Stagiaire : Pilote confirmé en préparation d’une formation pour devenir instructeur.
Exercice demandé au stagiaire : Faire une approche sur la piste 10 en gardant une vitesse stable égale à la VOA calculée (105 km h) et réaliser un atterrissage de précision par rapport à un point d aboutissement qui a été choisi.
Lors de l’arrivée dans la zone de perte d’altitude mon stagiaire se signale à la radio avec notre altitude. J’entends à la radio un monoplace de la flotte privée annoncer qu’il traverse la vent arrière à 500 m QNH pour aller de l’autre côté de la vallée de l’Essonne.
Je cherche à le repérer mais ne le vois pas. J’imagine qu’il se dirige vers une des pompes de service ou qu’il rejoint un planeur qu’il a vu en train de spiraler de l’autre côté de la vallée.
Je reporte alors mon attention sur la trajectoire et la vitesse de mon stagiaire que je trouve un peu haut en début de vent arrière. Je ne dis rien car je veux voir comment il gère son approche.
Il se trouve effectivement un peu haut et sort les aérofreins en vent arrière pour corriger son plan.
Il effectue son message radio de vent arrière en passant le seuil opposé.
On n’entend aucun autre message de planeur dans le circuit de piste.
En fin de vent arrière je perçois (dans le soleil) un planeur qui arrive en face et semble être en longue finale. Je le signale à mon stagiaire. J’identifie le planeur comme étant celui qui s’est annoncé traversant la vent arrière et je prends la radio pour lui demander confirmation qu’il est bien en finale sur la piste 10. Il ne répond qu’au deuxième appel de ma part pour dire qu’il n a pas compris mon message mais il précise que tout va bien.
Sans que je lui demande, mon stagiaire rallonge sa vent arrière car il parait ént que si on passe en étape de base à l’endroit adéquat pour le point d’aboutissement prévu on va on arriver directement en conflit avec ce planeur en finale.
Au moment où nous tournons en base un troisième planeur se signale également en étape de base pour la 10. Surprise totale car on n’a pas entendu de message d’arrivée en zone de perte d’altitude ni de message de début de vent arrière (ce dernier a pourtant bien été émis comme cela a été confirmé par le starter qui dispose d’une VHF)
On cherche ce troisième planeur mais nous ne le voyons pas immédiatement. Il était en fait plus bas et un peu derrière nous sur notre gauche et donc masqué par l’aile.
Mon stagiaire qui était toujours aux commandes prend l’initiative de gérer les communications radio afin de coordonner sa trajectoire avec celle du troisième planeur que nous finissons par voir plus bas sur notre gauche à une distance n’excédant pas une envergure d’après mon estimation.
L’espacement se gère en courte finale à l’aide de la radio.
Ce planeur qui était plus bas que nous se pose long sur la gauche et nous nous posons plus court sur sa droite à peu près au même moment que lui. Vécu de l’évènement par le stagiaire :
Le déroulé des événements fait par mon instructeur correspond au souvenir que j’en conserve. J’ajoute juste quelques précisions :
>J’ai débuté ma vent arrière, piste 10 main gauche, un peu haut. J’ai sorti les AF pour revenir sur le plan en milieu de vent arrière.
>J’ai vu un planeur arriver en longue finale au moment où mon instructeur me le signalait. J’ai tout de suite vu un risque de collision. J’ai donc prolongé ma vent arrière, quitte à retarder la sortie des AF en base ou à ne les sortir qu’en finale. Quand j’ai estimé la situation assainie, je suis passé en base.
>Quand je suis passé en base, j’ai entendu, un autre planeur s’annoncer également en base. Je partage la surprise de mon instructeur car je ne l’avais pas entendu annoncer sa vent arrière. J’ai donc cherché partout ce nouveau planeur dans le circuit, à côté, au-dessus, et en dessous, sans le trouver, et ce pendant toute la durée de ma base.
>En arrivant au point de dernier virage, j’ai assuré très attentivement la sécurité en regardant partout sur ma trajectoire ainsi que sur ses axes perpendiculaires correspondant à la base d’un planeur plus haut ou plus bas. Je n’ai pas vu le planeur. Après avoir vérifié que la piste était dégagée du planeur précédent, j’ai amorcé mon virage pour me mettre en finale.
>Après être passé en finale, le planeur annoncé en base est apparu plus bas sur ma gauche. Il était toujours en base. Nos routes allaient se croiser, j’ai tout de suite procédé à un évitement.
>La fin de nos finales a été gérée à la radio, et nous avions le visuel sur le planeur.
>Je garde le souvenir de communications radio difficiles. Les messages des uns et des autres n’étaient parfois pas audibles. Certains ont dû être répétés, d’autres sont restés sans réponse. Alors je me suis servi de mes yeux comme d’une bouée de sauvetage.
Ma conclusion :
1 Un planeur en sortant du cadre à fragilisé le circuit des deux autres, qui eux-mêmes était fragilisés. L’un étant un peu haut, l’autre un peu bas. Donc chacun doit être à sa place, plus que jamais.
2 Et, plus que jamais, ouvrons les yeux. Je réalise à l’instant où j’écris ces lignes que cela nous a peut-être sauvé.
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Vécu de l’évènement par le pilote du troisième planeur :
En arrivant d’un circuit par le Sud-Ouest, j’entends le planeur N°1 qui s’annonce en début de vent AR. Je me positionne dans la zone de perte d’altitude pour la piste 10 et j’annonce à la radio ma position et mon altitude, 700 m. Je visualise le biplace N°2 qui était plus bas et je l’entends s’annoncer en vent AR.
A 400 m sol je me dirige vers le début de vent-AR que je passe à 300 m sol. Je m’annonce à la radio début de vent AR N°3 et visuel sur le N°2 qui était plus haut.
En milieu de vent AR je perds le visuel sur le N°2 et je vois le N°1 en longue finale. Je ne vois toujours pas le N°2, qui pourtant s’est annoncé en étape de base. J’informe par radio la perte du visuel.
Pour rester dans le cadre normal du tour de piste je m’annonce et me mets en étape de base en répétant que je n’avais toujours pas le visuel sur le N°2.
En milieu de base je visualise enfin le N°2 qui est sur ma droite légèrement plus haut et à 50 mètres environ avec une trajectoire convergente. Immédiatement je sors les AF en procédure d’évitement.
Ensuite je me positionne pour un atterrissage à gauche de la piste afin de laisser la droite libre pour le N°2.
Conclusion : de cet incident on peut constater, comme souvent, que c est le cumul de plusieurs causes que je classe hiérarchiquement dans cet ordre :
– Non-respect du cadre du tour de piste Planeur N°1
– Défaut de liaison radio entre les N°2 et N°3
– Personnellement j’ai fait l’erreur de chercher le N°2 uniquement dans la zone où il devait être.
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Mon analyse de la situation :
Il me semble que cet évènement (qui aurait pu amener une collision en vol) a pour origine le non-respect du circuit de piste et un manque d information par radio pour signaler ce non-respect.
Je pense qu il y trois facteurs contributifs :
une arrivée en longue finale qui ne correspond pas au circuit standard attendu et qui ne semble pas avoir été suffisamment annoncée. Une longue finale se comprend pour une arrivée de circuit un peu juste mais n’est pas justifiée lorsqu’on passe au-dessus de la vent arrière de la piste en service et qu’on a donc toutes les conditions pour effectuer un tour de piste standard.
– notre arrivée en début de vent arrière à une altitude supérieure à la normale. Si tout le monde débute son approche à la même altitude, le risque de ne pas se voir diminue. Nous n’avons pas vu le troisième planeur sans doute parce que nous étions plus haut que lui et que notre attention était accaparée par la longue finale qui n’a été découverte que tardivement.
– la non réception du message de vent arrière du troisième planeur (peut-être due à des émissions simultanées ?)
Sur des terrains à fort trafic de planeurs, il est quasiment impératif de respecter le tour de piste prévu pour éviter ce genre d’événement,
surtout en fin de journée en vent arrière face à l’ouest avec le soleil éventuellement bas…
Ce fut un exercice interessant pour le stagiaire en formation instructeur qui a pris l initiative de coordonner l ensemble de ces trafics.
Rappelons que la radio demeure bien souvent le point faible des pilotes de planeur, autant pour l’écoute, la transmission de messages corrects, que pour la qualité du matériel.
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