Récit du pilote de planeur
– 1er décollage de la journée avec le Marianne, vol d’instruction avec un élève. Décollage sur la piste en dur afin de garantir la sécurité en fin de piste. Câble accroché et tendu, aile levée, le remorqueur met les gaz après un message radio. Le remorqueur ralentit immédiatement, le planeur roule sur le câble (avec la roue avant) et le câble largue automatiquement (vitesse inférieur à 15 km h). Le pilote remorqueur accélère de nouveau, câble largué. Le décollage est interrompu, le planeur est reculé à la main et le câble raccrochée pour un nouveau décollage, sans conséquences.
– 2ème tentative, aile levée, l’attelage accélère le planeur garde l’axe de la piste, le remorqueur commence à partir du côté gauche de la piste, les trois roues du remorqueur commencent à quitter alors la piste en dur sur la partie gauche en direction de la piste ULM et les balises à proximité. Le pilote du planeur entend largue large largue à la radio. L’attelage est alors à une vitesse d environ 50 km h et le remorqueur se met à freiner en continuant sa trajectoire. Le planeur réalise alors que le câble de détend à grande vitesse et que le planeur se rapproche fortement du remorqueur. Le premier réflexe de l’instructeur planeur est de sortir les aérofreins pour freiner pour ne pas rentrer dans l’avion. Le planeur continue derrière le remorqueur qui se retrouve rapidement à l’arrêt. L’instructeur n’ayant pas accès à la poignée de largage à cet instant, une main sur les AF, l’autre sur le manche, l’instructeur demande à son élève de larguer. L’avion ne largue pas et le câble reste accroché coté avion. Le câble s’est peut être décroché automatiquement avant le largage manuel.
Récit du pilote remorqueur
Lors du second remorqué de la journée je ressens la pression de décoller rapidement pour que la journée soit optimisée tant pour les circuiteurs que pour les élèves en instruction. Aussi je me dépêche et dans la précipitation, j’avance le siège du pilote remorqueur précédent que je relaye et qui est parti manger (le pilote précédent est plus grand que moi). Je n’ai pas pris le temps de bien vérifier que le siège était bien verrouillé. En mettant les gaz du DR-300 remorqueur sur la piste dure, le siège se déverrouille et plutôt que de larguer, je tente d’avancer le siège de l’avion tout en ne renonçant pas au décollage. A ce moment-là mon attention n’est plus au pilotage mais est totalement portée sur l’avancée du siège, ce qui constitue à mon sens ma première erreur (ne pas vouloir interrompre le vol). Quand je constate qu’une des roues du remorqueur est sur la piste en herbe je demande au planeur de larguer (deuxième erreur : j’aurai dû larguer moi-même). Je décide alors de faire demi-tour sur la piste ULM herbe ( à gauche de la piste dure) ayant pris conscience que le remorqueur pouvait être un obstacle pour le planeur remorqué. En effet, à ce moment-là je ne suis plus du tout sur la piste en dur.
Conclusion : dans la précipitation de décoller rapidement, je n’ai pas pris le temps de tout vérifier pour gagner du temps. J’ai également persisté dans l’action et je n’ai pas voulu renoncer à décoller alors que les conditions de pilotage en sécurité n’étaient pas réunies, ce qui constitue un danger. Quand j’ai pris la décision d’interrompre le vol, l’attelage était à 50 km h environ… Décision prise quand même d’interrompre le vol mais trop tardive.
Je suis conscient que si la décision avait été encore plus tardive, l’incident aurait pu avoir des conséquences plus importantes par la succession de petites erreurs.
L’accès à la poignée de largage en place AR est difficile. L’instructeur, avant l’incident, avait sa main à proximité de la poignée mais l’enchainement des actions a fait qu’il jugeait plus judicieux de freiner dans un premier temps en demandant en parallèle à son élève le largage, peut-être à tort, l’élève non débutant a très bien réagi. Le câble s’était peut être largué automatiquement lors de la détente. Ne voyant pas le largage du câble cote remorqueur, l’instructeur aurait surement du larguer avant de freiner. La détente du câble et les enchaînements aux commandes ont été rapides. Les conséquences à plus grande vitesse plus tard n’auraient pas été les mêmes.
Lors d’incident de ce type, l’avion remorqueur a comme consigne de larguer et dégager ou mettre les gaz. Les procédures doivent être connues des pilotes remorqueurs et actualisées régulièrement.
Les phases de décollages sont des phases dangereuses, il est nécessaire d’être très attentif à la moindre erreur afin de préserver un niveau de sécurité maximal. L’installation coté planeur et coté avion doit se faire avec la plus grande attention même si les circonstances poussent à vouloir accélérer les actions pour optimiser les décollages.
Un Rex permettant de balayer plusieurs sujets relatifs aux facteurs humains.
Au départ, le syndrome de précipitation et le siège du remorqueur qui se dérègle…
Un non renoncement ensuite en poursuivant le décollage alors que les conditions de sécurité ne sont pas réunies.
Une main qui n’est pas sur la poignée jaune de largage alors que le premier réflexe côté planeur est de larguer,
surtout après une première tentative de décollage avortée.
Il faut répéter que lors de tout décollage, chaque équipage (planeur comme avion) doit être prêt à l’éventualité d’une interruption du décollage.
Si les procédures sont souvent définies pour gérer cette situation, elles ne sont pas toujours connues des pilotes remorqueur ou planeur.
Un rappel régulier s’avère nécessaire.
Le planeur suivant le remorqueur à 2 secondes, ce dernier en cas d’interruption de décollage ne doit pas freiner mais dégager l’axe après largage.
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