Avec l’élève nous commençons la séance de vol. Largage vers 500 m sol, montée difficile, perte de l’ascendance vers 600 m sol puis descente lente. Vol de 24 min.
On est un peu déçus. Il n’a pas été possible de dérouler les leçons envisagées. J’estime qu’on a sans doute largué un peu bas d’où la difficulté à s’extraire des basses couches.
Je propose de repartir pour un nouvel essai avec dans l’idée de nous larguer plus haut cette fois-ci.
Nouveau décollage.
En montée initiale vers 100 m passé le bout de piste, nous sommes aspirés dans une puissante ascendance. Poussé par l’enthousiasme, je tente un trait d’humour en pensant mettre suffisamment le ton pour que l’élève comprenne que c’est bien une plaisanterie.
“Alors, on largue ?”.
Pour moi il est évident que ce ne peut être autre chose qu’une plaisanterie (vue la situation) d’autant que je pense formuler une question. J’envisage de poursuivre en commentant le fait qu’on ne largue pas aussi bas même en présence d’un vario aussi puissant.
Mais mon tempo n’est pas bon, l’élève me prend au mot et largue avant que je ne puisse poursuivre…
Je la questionne, elle me confirme avoir largué. Entre temps j’ai repris l’assiette de plané et la VOA.
Bilan de la hauteur et des dégagements. Altitude suffisante pour faire demi tout pour un contre QFU.
J’engage le demi-tour par la gauche. Pendant le virage l’ascendance continue de pousser fort et nous monte à 150 m, si bien qu’une fois face à la piste, l’option du circuit de piste basse hauteur devient parfaitement possible. J’abandonne l’option du contre QFU, nous nous posons finalement sur le QFU de décollage.
Après cette expérience, nous avons fait une pause et prêté le planeur à un autre pilote. Lors du débrief, l’élève m’indique qu’elle a pensé qu’il y avait un motif d’urgence qui justifiait ma décision, ce qui semble une interprétation logique. Je repense à ma communication et me questionne. Un vol plus satisfaisant a lieu plus tard avec elle. Tout s’est bien passé.
Enseignement
J’analyse mon erreur de jugement sur la situation de la façon suivante.
1- COS : je n’ai pas correctement évalué la conscience de la situation de mon élève. Elle n’avait pas un bagage d’expérience et de connaissances suffisant pour se faire une opinion sur la situation. Elle ne pouvait pas avoir un avis critique sur ma remarque. Elle n’a pas compris la plaisanterie et n’avait pas spécialement à la comprendre dans le cadre de la mission.
2- COS : j’étais moi-même en déficit de conscience de la situation par excès d’enthousiasme à l’idée de trouver des thermiques qui commençaient à se renforcer et sans doute trop à l’aise.
3- COM : j’ai utilisé un mode de communication ambiguë, basé sur l’humour, qui ne pouvait être compris à coup sûr par mon élève. J’ai compté sur sa compréhension de paramètres trop implicites.
Enseignements :
Communiquer par des verbes d’action clairs ou des questions sur le projet d’action sans ambiguïté entre ces 2 modes.
Par exemple : après avoir pris de la hauteur et passé la phase critique du décollage, j’aurais pu demander « Tu as observé cette puissante ascendance juste après le décollage ? A ton avis, aurions-nous pu larguer pour tenter de la centrer ? »
Autre enseignement, un élève est dans une relation de confiance forte avec l’instructeur. Il ne prévoit pas spontanément de remettre en cause des consignes même quand elles paraissent surprenantes. L’instructeur doit donc en tenir compte et s’assurer que sa communication est sans ambiguïté. Eviter de plaisanter, notamment dans les phases critiques du vol.
Commentaire FFVP
Bonne analyse de l’instructeur.
L’humour est à manier avec précaution en situation d’instruction.