Le Commandant de bord du planeur :
Je suis aligné sur la piste 30 pour mon second vol de la journée, et pour un second décollage au treuil.
Je fais lever l’aile du planeur et cette action une fois effectuée, je fais mon annonce radio au treuil pour faire tendre le câble.
Le treuil accuse bonne réception de ma demande et quelques instants plus tard j’entends son annonce radio.
J’attends ensuite, prêt au roulage et décollage, de voir serpenter et se tendre progressivement le câble devant moi, comme cela se produit normalement.
Je vois soudain le câble, face à moi et sur ma droite, fusé sur l’herbe de la droite vers la gauche, le fusible, dans mon champ de vision sur ma gauche, se tend violemment devant le planeur. Je suis alors collé au fond du siège, j’ai l’impression que le planeur est arraché du sol instantanément car je ne ressens quasi pas le roulage (selon l’aide en piste, l’aile lui est « arrachée » de la main)
J’annonce un “tendu… ” par réflexe, alors que je voulais avertir de la tension exagérée que je ressentais, mais instinctivement je tire violement sur la poigné de largage du câble afin de me dégager de cette situation qui est anormale au vu de mon expérience limitée, et malgré le fait que le planeur ait décollé.
Commandes en mains, et malgré tout conscient de la situation et de ma très faible hauteur de vol, je tente de me reposer aussitôt devant moi. Toutefois, la violence du décollage m’a fait dévier de la trajectoire vers la droite mais je ne m’en aperçois pas de suite. Je pose le planeur, il roule un instant mais je ressens une résistance sur l’aile droite.
En effet, l’aile droite est entrée d’environ un mètre dans le champ et rase les jeunes plants de maïs situés en bordure droite du terrain. Cette contrainte sur l’aile droite fait faire un “cheval de bois” de 90° au planeur. Je ne contrôle alors plus le planeur et je vois que je vais entrer dans le champ de maïs de face. Je m’attends alors à ressentir le choc du passage du train d’atterrissage dans le petit fossé séparant le terrain du champ de maïs, mais il n’en est rien, et le planeur s’immobilise sans que je ressente de choc violent.
Je sors du planeur indemne. Le planeur n’a pas de dommage apparent non plus.
Le pilote du treuil :
• Cet incident s’est produit à la 4e treuillée tout juste après la délivrance de mon habilitation à effectuer les treuillages. Le fonctionnement simple de cette machine était alors maitrisé.
• J’étais le seul opérateur présent au poste de contrôle du treuil, le formateur treuil était présent non loin sur le terrain.
Voici le déroulement des opérations coté treuillage :
1. Environnement et Procédure radio au sol avant le décollage :
• Météo : La manche à air indiquait un vent faible à 5 nœuds.
• Communication forte et claire a 5/5.
• Procédure de communication radio suivie des 2 côtés (pilote et operateur treuil)
• Les interrupteurs électriques du treuil étaient en position ‘ARRET’ et le levier du tambour en position ‘DEROULEMENT’.
2. Procédure et Opération du treuil pour le décollage :
◦ Interrupteurs électriques en position ‘MARCHE’.
◦ Levier du tambour en position ‘DECRABOTAGE’.
◦ Curseur poussé sur cran ‘TENSION’.
◦ A la réception du message radio ‘TENDU TENDU’ l’augmentation en puissance graduelle du curseur a été effectué selon les prescriptions de sécurité technique enseignées :
▪ Pouce main gauche en entrave du curseur de puissance afin de ne pas dépasser la puissance maximale à délivrer sur l’Astir une fois le regard porté sur ce dernier pour surveiller son décollage et non plus sur la planche de bord.
◦ À la réception du message radio ‘STOP TREUIL’ le curseur a été mis en position ‘ARRET’ alors même que la puissance maximale délivrable n’a pas été atteinte. Puissance délivrée au moment de la position arrêt, environ 2/3 de la puissance prédéterminée par rapport au positionnement du pouce.
3. Remarque :
◦ Comme énoncé plus haut j’ai respecté la procédure point par point comme cela m’a été enseigné. J’ai opéré durant ce treuillage comme avec les précédents. Au moment de la réception du message radio ‘TENDU TENDU’ il restait encore beaucoup de marge avant d’atteindre la puissance désirée pour un Astir. De ce fait, je ne m’explique pas de mon point de vue d’opérateur treuillage ce qui est à l’origine de ce qui été perçu par le pilote comme un décollage franc.
Formateur pilote de treuil :
J’étais en train de ranger la valisette après réparation câble, au pied du camion
Je n’ai pas assisté à la façon de faire de Pierre
Il m’a simplement signalé qu’il a stoppé la treuillée après avoir entendu Yoan [Note de la commission formation-sécurité : le pilote du planeur] dire à la radio : tension trop brutale et largage du planeur
C’est après quelques minutes d’interrogation et sans nouvelle à la radio, que nous avons vu aux jumelles le planeur sorti de la piste et que nous nous sommes rendus sur place
Je venais d’annoncer à Pierre qu’il était habilité treuilleur
Ce jour il a fait 12 treuillées, ajoutées au 18 faites avec Nicolas la semaine dernière, sans problème
Pierre a dû effectuer un poussée linéaire rapide, sans palier, du potentiomètre déclenchant la treuillee
Le Commandant de bord du planeur :
Malgré le fait que j’ai bien largué le câble au plus vite (il a d’ailleurs été retrouvé à moins de 30 mètres du point de départ), lorsque j’ai constaté que la force de tension du câble était anormale j’aurais dû larguer immédiatement, ainsi le câble serait parti seul.
Tenir la poignée de largage lors du décollage est primordial !
Pilote du treuil :
Ne m’expliquant pas ce qui est à l’origine de ce qui été perçu par le pilote comme un décollage franc, je ne peux pas tirer d’enseignements. Je laisse le soin à la commission de sécurité d’envisager les améliorations nécessaires.
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