Contexte :
Journée de reprise des vols pour le club, après une matinée dédiée au remontage d’une grande partie des planeurs du club après la saison hivernale.
Objectif principal de l’après-midi : vols de “relâchés” annuels.
Briefing vers 13h30 donné par le chef-pilote, incluant les aspects météo (vent relativement fort ce jour avec composante de travers), avec un point sur les risques liés à la reprise des vols après l’interruption hivernale, et la nécessité du respect des procédures : Prévol sans interruption, CRIS également (spécialement le briefing avant vol “casse de câble possible”).
Météo propice au vol à voile, avec des ascendances de 2 à 3 m/s, un plafond annoncé de 1200 à 1400 m. Vent annoncé de 25 à 35 km/h de 005 à 015°, donc une composante de travers gauche sur la piste 04 utilisée. Décollage au treuil.
Le chef pilote effectue le premier vol de la journée en Arcus (durée 35 minutes), avec un autre pilote récemment arrivé dans le club, lui-même instructeur expérimenté, avec un objectif de présentation des spécificités de la plateforme et de son treuil. Vol sans problème, avec tout de même le constat mutuel que le vent traversier rend le décollage et l’approche “techniques”, spécialement avec ce type de planeur (Arcus).
Description de l’événement :
Objectif du vol : vol de “relâché” annuel.
L’instructeur briefe le pilote avant le décollage à propos du vent traversier et de la tendance de ce planeur (à fort dièdre) à s’incliner “sous le vent”. Le CRIS est réalisé correctement, le briefing sécurité porte sur la casse de câble éventuelle. L’instructeur n’insiste pas sur le cas de “aile au sol, je largue”.
Le décollage est réalisé par le pilote stagiaire. L’instructeur est en confiance, et n’anticipe pas l’hypothèse de reprise des commandes. Il n’a pas la main sur la poignée jaune.
Dès le début du roulage, le planeur s’incline à droite (sous le vent). Le temps que l’instructeur reprenne les commandes, l’aile est au sol. La première action “réflexe” de l’instructeur est une tentative de redresser (braquage ailerons à gauche), avec un temps de décision de largage non instantané. Dans la précipitation, la poignée jaune n’est pas attrapée immédiatement, allongeant encore la durée avant largage.
Le largage est réalisé alors que le planeur est déjà en travers (environ 90° de l’axe de piste), et glisse sur le côté sur l”herbe grasse, puis vient s’arrêter sur le chemin bordant la piste.
Le temps estimé entre la chute de l’aile droite au sol et le largage est de 3 à 4 secondes.
Conséquences :
Le planeur est peu endommagé (patins d’ailes arrachés, rayures sur la peinture de l’aile droite qui a frotté au sol).
Par chance aucun blessé.
Analyse :
L’objectif de la journée était de faire des vols de “relâchés” avec instructeurs.
L’indisponibilité d’un planeur-école en maintenance a conduit le chef-pilote à utiliser un planeur “de performance” pour ces vols, sans remettre en question suffisamment l’objectif au vu de l’inadéquation entre les qualifications des pilotes débutants et les spécificités de ce planeur.
Excès de confiance de l’instructeur (donc commandant de bord), qui n’a pas suffisamment anticipé la difficulté du décollage dans ces conditions météo (vent traversier) pour un pilote non qualifié sur cette machine et peu expérimenté.
Il n’a pas anticipé la nécessité de reprendre les commandes rapidement. Il n’avait pas la main sur la poignée jaune de largage.
Le briefing sécurité ne comprenait pas la phrase “si l’aile touche le sol, je largue”.
Enseignements :
→ Toujours la main sur la poignée jaune au décollage (en instruction biplace, l’élève pilote ET l’instructeur)
→ Briefing sécurité à répéter : si une aile touche le sol, je largue. Si le câble casse, je rends la main, puis etc …
→ L’instructeur est responsable de la conduite et de la sécurité du vol. Il doit être capable en tout temps de conserver des marges de sécurité pour reprendre le contrôle.
→ L’instructeur doit évaluer le niveau de difficulté d’une situation pour l’élève-pilote avant de l’y confronter.
→ Dans ce cas précis, les conditions de vent traversier, le type de planeur très sensible à ces conditions, et la faible expérience du pilote auraient dû le conduire l’instructeur à piloter le décollage, quitte à abandonner l’objectif du jour (vol de “relâché” pour l’élève pilote).
Les enseignements retenus par le rédacteur sont complets.
En début de saison, être également attentif à la hauteur de l’herbe (5 à 10 cm maximum).
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